Quinqua Power #3

Christelle m’a dit récemment au téléphone « Oh, avec tes articles sur la cinquantaine, j’ai presque l’impression que je vais les avoir dans l’année, mes 50 ans. Ça me plombe un peu. Quand même. Cette histoire. Même si je ris. » Et puis Stéphanie a écrit ici que grâce à mes articles, elle découvrait « avec crainte » et en avance les affres propres à cet âge.

Les filles. Tout le monde pense que nous sommes un peu dans le creux de la vague, à 50 ans et je n’essaierai pas de vous  convaincre, photo de Sharon Stone surbotoxée ou Sophie Marceau qui-n-a-rien-fait-du-tout à l’appui, que nous sommes aussi séduisantes qu’à 20 ans.

N’empêche que les choses, à partir de maintenant, vont commencer à s’arranger et je vais vous le prouver.

Les statistiques démontrent (courbes à l’appui) que nous allons  être de plus en plus heureuses. Oui, oui, oui, chaque année un peu plus que l’année précédente, au point de vous trouver bientôt, on nous le garantit, beaucoup plus heureuses qu’à 30 ans.

Je vous rappelle que pour nos trente ans, c’était pas non plus le bonheur absolu (j’ai laissé tomber les vingt ans, avoir vingt ans, ce n’est plus ce que c’était)(et quarante c’était hier, donc trop frais pour « prendre de la hauteur »). Par exemple, à trente ans, j’essayais de faire un gosse, et chaque mois, je chialais parce que ça ne venait pas. En plus, comme j’en avais déjà (à l’époque, je n’étais pas à l’abri de monter une équipe de foot en salle), je n’étais pas aussi fraîche que je l’aurais voulu. Il y avait toujours quelqu’un (moi c’était Ch. B) pour me dire « et bé, dis donc, tu en as une tête! » J’avais une tête, mais aucune répartie, je me contentais de sourire (assez bêtement) et de faire chier ChériChéri à son sujet « la prochaine fois, je l’envoie péter » (mais je ne l’ai jamais fait). À 30 ans, on faisait tout bien comme on nous avait appris à le faire, on disait bonjour en souriant, on achetait le dernier aspirateur à la mode, on rêvait d’un piano (de cuisine) (moi, si je vous assure)(on a les rêves qu’on peut), on invitait belle-maman à manger le dimanche (on nettoyait le matin avant qu’elle arrive et on nettoyait à nouveau le soir quand elle était partie) mais, on découvrait aussi les mojitos, et chaque été un nouveau cocktail marquait nos vacances (L’Américano est resté le best dans mon coeur, découvert en été 98. 30 ans pile) (mais j’aime bien le Spritz aussi, surtout celui de la Brasserie de la gare à Agen). On essayait d’être super performantes au travail, on faisait les courses sans passer par la case drive qui n’existait pas encore et on nous faisait croire que perdre son samedi matin, caddie à la main, c’était le comble du bonheur. On s’inquiétait pour tout , surtout moi, j’avais un master 2 en inquiétude. En gros, pendant ma trentaine, j’ai pédalé comme une damnée pour construire de front une famille, une carrière, une vie personnelle et m’inquiéter pour tout et son contraire.

Et puis grâce au ciel, un jour j’ai eu 40 ans. Alors, de là à dire aujourd’hui, grâce au ciel, un jour, j’ai eu 50 ans, il n’y a qu’un pas.

Vous pouvez me croire, me faire tout à fait confiance parce que pour écrire ce post je me suis longuement documentée, j’avais vraiment à cœur de rassurer Christelle et Stéphanie. Ce sont les économistes qui l’affirment (avec courbes et équations pour preuves de ce qu’ils avancent)  : le sentiment de bonheur, au cours de la vie, suit une courbe en U. En clair, de 20 à 45-50 ans, il dégringole de façon vertigineuse et, à partir de la cinquantaine, il grimpe aussi vite qu’il avait chuté, pour atteindre une sorte d’extase autour de 70 ans. Moi, je veux bien croire qu’il va s’envoler, même si je l’ai pas vu s’effondrer, parce que  la bonne nouvelle, pour nous qui venons d’avoir 50 ans ou n’allons pas tarder à les avoir, c’est que nous sommes du bon côté de la courbe.

Vous n’êtes pas convaincues ? Reprenons depuis le début.

Quel facteur, toutes choses égales par ailleurs, était déterminant pour être heureux selon l’échantillon représentatif interrogé ? Le fait d’avoir un emploi ? D’être un homme ou une femme ? D’être marié, célibataire, avec ou sans enfants ? De vivre en ville ou à la campagne ? De manger bio, vegan ou microbiote ? Surprise! C’est tout bêtement l’âge qui modifiait le plus fortement la donne. Quelle que soit la génération à laquelle appartient l’individu, quel que soit le contexte socio-économique dans lequel il est interrogé, c’est-à-dire à revenu, emploi, situation conjugale similaires. À 30, 40 ans, l’individu s’enfonce (il est juste crevé quoi). À 50 ans, il renaît (tel le Phoenix). Et, à 60 ans, c’est l’extase. Voilà la fameuse courbe en U.

Tout le monde est d’accord sur le constat. Reste à trouver une explication. Que se passe-t-il, à 50 ans, pour que l’individu moyen retrouve enfin le chemin du bonheur ? Quelque chose, on s’en doute, de l’ordre du lâcher-prise (ici et maintenant, here and now, aqui y ahora, hemen eta orain, ovdje i sada pour les polyglottes) .

Voilà le secret, à la cinquantaine, on apprend à être heureux de ce que l’on a (exit le sac Chanel, Hermès ou Vuitton, fini les bagues Mauboussin)(c’est un peu bête quand tu les as pas eus avant, mais bon).  Ça tient du « à mon âge, je sais que  je serai plus jamais champion au cent dix mètres haies, ni trompettiste de jazz à l’international je serais plus jamais président du Nicaragua, je connaîtrai plus jamais un monde sans Macintosh et sans coca je pèterai pas la gueule à Bruce Lee, je remplacerai pas Pavarotti, j’aurai jamais le pied droit de Michel Platini, Je serai pas Gary Cooper ni Mère Teresa, je pourrai plus jamais être danseur en moulant rose à l’opéra  » (paroles Mon pédalo Tom Poissons) , et chose extraordinaire, ce n’est pas un renoncement, mais une lucidité qui libère.

Celles que j’ai longuement interrogées et qui y sont passées avant moi m’ont dit « en fait, tu vois, avoir 50 ans, ce n’est pas le cataclysme que j’attendais ».  Pendant des années, on a tremblé d’atteindre cet âge où, d’après les souvenirs et les photos, nos parents et nos grands-parents ont pris un méchant coup dans l’aile. Et puis on s’aperçoit qu’en ce qui nous concerne la forme est toujours là, la séduction aussi, la quinqua que nous sommes n’a rien à voir avec celles d’hier. Regardez les photos de fiançailles en 1960, la femme de 50 ans était tout à fait reconnaissable, elle était debout, elle regardait un peu par en-dessous et servait ses convives. Aujourd’hui, on peine à la distinguer des autres. Elle a la tête que sa grand-mère avait à 35 ans, elle est assise et la plupart du temps c’est elle qui se fiance (parce que question mariage on ne l’y reprendra pas).

Les quinquas d’aujourd’hui ont la divine surprise de se découvrir, en comparaison de leurs aînés au même âge, étonnamment jeunes, et avec, devant eux, presque une moitié d’existence à vivre (surtout si on a les gênes de Maminette). Elles ont réorganisé leurs priorités, elles ont réalisé que ce qu ‘elles voulaient hier n’est plus ce qui les anime aujourd’hui et elles s’accordent des choses qu’elles refoulaient jusque-là pour tout un tas de faux prétextes (je n’ai pas le temps, je n’ai pas l’argent, je ne peux pas m’absenter). Elles ont aussi appris qu’elles ne sont pas indispensables.

À ce stade, la lectrice pré quinquagénaire de ce (très long) post  devrait, selon toute vraisemblance, avoir retrouvé le sourire.

Quant à celle de 30 ans, il lui reste encore, selon les statistiques, quinze ou vingt années à maugréer sur son sort. Patience, l’âge béni viendra.

Pic by Scarlett Ellis from Unsplash

18 commentaires sur “Quinqua Power #3

  1. Je peux pas te dire que je suis super convaincue, j’aime vraiment beaucoup mes 40ans. J ai encore quelques années pour me préparer et pour continuer à me laisser persuader par tes aventures ! Merci pour le clin d’oeil et pour ce texte tout léger… sur un chiffre qui fait quand même peur !

    Aimé par 1 personne

  2. chouette j’ai 50 ans!! 😀

    j’adore ta chute sur le maugréage de la trentenaire….

    c’est rigolo perso j’ai l’impression d’avoir 10 ans voir 20 ans de retard partout:en 98 à 30 ans , j’étais à peine sortie de l’instabilité estudiantine, pas encore fixée dans mon boulot, à 40 ans je savourais le bonheur de m’être enfin posée, à 48 ans celui de me marier, et à 50 ans celui d’être bientôt maman!
    à part peut-être mes articulations qui elles sont en avance, ma timeline est un peu différente…du coup où j’en suis du U????
    yaha aur ab en hindi 😉

    Aimé par 1 personne

      1. Non non c’est très bien les 60 ans 🙂
        On est plus apaisée et on apprécie de plus en plus la vie.
        C’est aussi l’arrivée des petits enfants et ça c’est un vrai bonheur
        Bon, les petits enfants peuvent aussi arriver au cours de la cinquantaine c’est vrai

        Aimé par 1 personne

      2. Je n’en doute pas … mais, je vais tout de même attendre un peu (et il y a de fortes chances pour que mes petits enfants pointent le bout de leur nez pendant ma cinquantaine 😉

        J'aime

  3. Hello. Moi j ai eu 50 ans l an passé et j ai eu « grave les boules  » je fais exprès de parler djeun ça me rajeunit…. J ai pas l impression d être dans la courbe ascendante ! Depuis l an passé mon corps part en quenouille alors que j avais une santé de fer ( fuite urinaires , arthrose, petite prise de poids merci la ménopause.. .) Mon tableau de la 50aine n est pas tout rose ! Amitiés

    Aimé par 1 personne

  4. Alors, je te crois tout à fait : j’ai tellement détesté mes 30 ans. J’ai vraiment cru que ma vie était figée . Nous avions trois enfants, nous venions d’acheter une maison et j’avais un poste fixe en collège près de chez moi. Il ne me restait plus qu’a Faire le Caté et j’etais Certaine que plus rien ne bougerait! Ça m’a flanqué une frousse terrible! Depuis, j ai eu quarante ans , on a refait deux mouflets, on a traversé la France , j’ai un nouveau poste fixe … j’ai adoré avoir des petits , mais je crois que je les aimes encore plus depuis qu’ils deviennent ados(rables) . Maman m’avait prévenue , en fait chaque saison de la vie est meilleure que la précédente. Du coup je n’ai pas peur de la cinquantaine .

    Aimé par 1 personne

  5. Eh bien vous me rassurez quelque part. Moi 52. Euh, non les 50 sont mal passés ! les 10kg en 40 et 50, la ménopause qui n’en finit pas de le faire chier, les départs et retour de mon fils…bref, c’est moyen comme expérience mais je me surprends en effet parfois à imaginer que les prochaines années pourraient être plus réjouissantes et je reconnais que ce que tu dis est vrai aussi. Pour moi 50 ans, c’était vraiment la mamie avant et malgré tout ces petits soucis lié au corps, je reconnais que mes 50 n’ont rien à a voir avec ceux de mes ancêtres… je vois aussi que je me sens plus détacher, plus libre…

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.