Quand Natha Lit

Comme je vous le disais dans un précédent épisode, récemment, j’ai beaucoup lu et je crois qu’il est temps de vous en faire profiter.

 

Les Gratitudes Delphine de Vigan

Les gratitudes

« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.
Et la peur de mourir.
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas. »

Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.

Moi, j’aime les vieilles dames, alors l’histoire de Michka ne pouvait que me plaire. j’ai aimé ce que Delphine de Vigan dit de la vieillesse, la tendresse des regards, les questions existentielles que l’on se pose et que je me suis posée, moi aussi, quand j’allais voir Maminette. Y a t-il quelqu’un qui effleure encore sa peau, qui la prend dans ses bras ? Y a t-il quelqu’un d’autre que Marie pour voir la Michka qu’elle a été avant d’être celle qu’elle est devenue avec la perte d’autonomie, la peur, la décrépitude? La plume de Delphine De Vigan est toujours aussi sobre, pas un mot de trop, des mots vrais, et certainement pesés un à un, au gramme près.

Ma Michka à moi, celle qui veille sur moi depuis son nuage, est apparue au fil des pages et des quelques larmes qui perlaient à mes yeux. C’est ainsi que le silence de Maminette quand on lui rendait visite m’a jailli au visage, son absence de mots, son incapacité à dire sa joie à nous voir, ses idées fixes (elle aurait adoré marier ma soeur avec le jeune coiffeur qui s’occupait de ses cheveux) et ses minis gestes répétés inlassablement alors que sa jeunesse fut tempétueuse. Avec toute mes gratitudes Maminette pour celle que je suis devenue grâce à toi ❤

 

Ma Chérie de Laurence Peyrin

Ma chérie

Née dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami.
Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient avec elle hier encore.
Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte.
Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963…Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…

Je vous ai déjà parlé des romans de Laurence Peyrin qui dépeint magnifiquement l’Amérique et sa société. Ici ce sont les années 50/60 qui sont à l’honneur. L’auteure est une conteuse hors pair et je me suis laissée embarquée par l’histoire et le contexte post ségrégationniste. Je l’ai pourtant moins aimé que Miss Cyclone.  Et puis, mais peut-être suis-je la seule à avoir eu ce problème, l’héroïne est souvent nommée « Ma Chérie » (pour ainsi dire tout le temps)et moi je n’ai pas arrêté de Ma Chéééérrrie (Christina Cordula sors de ce corps)! Bon, je sais, vous n’avez pas le son, mais ça m’a un peu dérangé à la lecture …

La Plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

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Sur IG, j’ai découvert sur le compte de Nath de Lila sur sa terrasse, une chronique de ce livre : « Ce livre est un conte merveilleux. Violent mais merveilleux… Un livre qui vous transporte dans un pays où un couple de bûcherons n’a pas eu le bonheur d’avoir d’enfants… Et dans un pays où un autre couple jette un enfant par la fenêtre d’un train « de marchandises » pour le sauver de la barbarie humaine et de la famine.
Quand la pauvre bûcheronne trouve cet enfant, elle le couve d’un amour infini. Défiant son homme qui ne veut pas de cette potentielle bouche à nourrir en temps de guerre. Et puis… Un simple battement de cœur transforme ce père en devenir…
« La plus précieuse des marchandises » est un livre à tomber à genoux… Je l’ai lu plusieurs fois. Il est Beau. Tout simplement Beau.
Rempli d’un rare espoir en l’humanité malgré l’horreur que celle ci est capable de faire naître… Et cette phrase finale…
«Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’Amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que, malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue. »
A lire de toute urgence, en ces temps tourmentés par la violence de propos immondes…
Nath

Je ne pouvais que le lire à mon tour : « il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron. Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout.
Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons… Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale. La guerre mondiale, oui oui oui oui oui. »

Sous la forme apparemment naïve du conte, Grumberg raconte l’indicible, l’inexplicable, ce qui n’aurait jamais dû se produire, ce qui ne devrait jamais recommencer, mais qui recommence, d’une autre façon, sur des canots et des radeaux de fortune voguant sur la méditerranée. On se dit que l’histoire du conte est si loin, la seconde Guerre Mondiale ? Pff Ça ne recommencera jamais. En êtes-vous bien sûrs ?

Préférer l’hiver de Aurélie Jeannin

L'hiver

Vainqueur du Prix des Étoiles/ Librinova

« L’hiver n’est pas une saison. Il est un vaste espace, dense et rugueux. Il est un moment plein et exigeant. L’hiver exclut de badiner, méprise le superflu. En hiver, vivre est la seule chose sur laquelle se concentrer. Au cœur de la forêt, alors que l’hiver fouette leur cabane, une jeune femme et sa mère cherchent et se battent pour trouver comment se relever de leurs drames et rester en vie. Elles font face à la faim, à la solitude et au danger, au cours d’une retraite où mort et vie se mêlent. »

Bien sûr que je l’ai lu. Il n’aurait plus manqué que ça. Qu’un orgueil un peu mal placé m’en empêche … Ah non, certainement pas !

C’est un roman cru. Qui dit ce qu’on ne dit pas (mais à mon avis ne va pas vraiment au fond et s’arrête parfois au seuil du pire). Ici, l’atmosphère l’emporte sur l’histoire. Cela pourrait être un road movie, s’il ne se déroulait pas dans un seul et même lieu et s’il y avait des rencontres. Ce n’est pas un feel-good non plus et loin s’en faut, c’est un de ces livres qui dissèquent les pensées, les sensations et les sentiments, qui font surgir des images que l’on croyait enfouies tout au fond de nous, celles que l’on redoute (la mort d’un enfant par exemple). C’est un « livre littéraire » et finalement, j’aime bien que ce soit lui qui ait gagné le Prix des Étoiles (à ma place hi hi hi). C’est un livre à lire si vous ne craignez pas de vous frotter à une atmosphère lourde et lente où il ne se passe grand chose, à lire si vous ne craignez pas de ressentir, dans votre corps ce qu’Aurélie Jeannin met en mots.

L’inventaire du bonheur.

C’est une nouvelle. Je l’ai lue une bonne dizaine de fois, alors vous pouvez me faire totalement confiance, elle est très chouette. Elle ne vous fera pas pleurer, elle vous fera peut-être sourire (j’espère en fait). Elle a été écrite à l’occasion d’un concours de nouvelles organisé par le magazine Lire et Librinova. J’avais envie d’écrire quelque chose de léger et d’optimiste. J’espère avoir réussi. Si le coeur vous en dit vous pouvez m’aider à obtenir plus de like, bien que je ne sois pas certaine que le comptage des coeurs soit pris en compte dans les résultats. Hier, alors que je marchais le long de la plage avec Marieal, je lui ai dit « c’est pas grave si je ne gagne pas … ». Je ne comprends pas pourquoi elle est partie d’un énorme éclat de rire… Donc en ce moment j’en suis à la phase « pourquoi pas moi… » à quand la phase « Mais pourquoi c’est pas moi …. »

Des bisettes, les filles.

Pic by Freestocks-org on Unsplash

8 commentaires sur “Quand Natha Lit

  1. Maminette c’était aussi le surnom de mon arrière grand-mère que je n’ai que peu connu mais sa photo est sur le mur de mon bureau.

    Merci pour ces conseils je vais m’y attarder plus longuement et sûrement en mettre dans ma (longue) liste de futures lectures.

    Aimé par 1 personne

    1. Maminette est devenue Maminette sur le tard, quand elle a commencé à rétrécir et à devenir fragile. Avant elle était mamie tout court ❤️ bonne lecture !

      J'aime

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