Ma vie d’auteure

Celles et ceux qui me connaissent bien le savent : quand il ne se passe grand-chose ici, c’est qu’il s’en passe ailleurs.

Ailleurs, j’infuse. Mes mots avec. J’ai peur de les dépenser à tort et à travers, je crains d’avoir un stock de mots qui s’épuiserait à force de trop en jouer, alors je les glisse entre les pages d’un carnet et au petit matin, j’en fais une décoction de nostalgie. Je laisse le blog en jachère. Quelque temps. Le temps que les graines éparpillées se mettent à germer. J’attends qu’elles deviennent des graminées et me donnent l’autorisation de pleurer. J’attends qu’elles se transforment en idées et puis en mots et fleurissent au fil des pages du carnet. Parce que, vous le savez déjà, tout commence toujours par un carnet. Ensuite, mes doigts frappent sur un clavier à la manière d’un tam-tam qui résonne dans mon bureau et les idées se transforment en une litanie de pages numérotées.  Un jour, et j’ignore ce qui préside au choix du jour, je me décide et les feuillets partent alors vers les tout premiers lecteurs. Presque dans l’urgence, alors qu’hier ou demain n’aurait rien changé à l’histoire. Le manuscrit part vers ceux qui auront la lourde tache de me donner leur avis et j’attends. Fébrilement. Parce qu’un premier jet est un premier jet, il est souvent bancale, inachevé et pétri de bonnes intentions.

Les feuillets reviennent en une longue valse où chacun imprime ses propres variations. Je lis les avis car je préfère qu’on me les écrive plutôt qu’on me les donne de vive voix. Je tourne et je retourne les phrases que l’on m’a écrites pour découvrir ce qu’il se cache tout derrière. Au rythme des retours, les feuillets se transforment à nouveau. Je retouche ici et je peaufine là. Je comble des lacunes, je précise, j’élague, j’efface des redites. J’écourte, surtout, pour ne pas lasser, me perdre en tergiversations qui m’empêcheraient d’atteindre l’émotion pure. 147 pages pour le souffle court, la gorge serrée, le ventre noué. 147 pages pour la vie.

J’écoute tout ce que l’on me dit parce que l’important, c’est le lecteur. L’important c’est vous. J’écoute et je travaille, sans penser que c’est moi qui sais. Non, moi, le plus souvent, je ne sais rien.

Les feuillets repartent en un nouveau et dernier voyage vers la correctrice qui me les renvoie à son tour pour que je corrige à nouveau. Pour la sixième fois. Ce n’est qu’ensuite que commence la partie la plus difficile pour moi : ne plus y toucher. Laisser les feuillets devenir livre à part entière.

Accepter que le manuscrit est terminé.

Accepter qu’il n’est sans doute pas parfait.

Accepter que j’ai fait du mieux que je pouvais et qu’il ne plaira pas à tout le monde. Et surtout pas aux maisons d’édition. Et relire le Manuel de l’Auteur Anonyme. L’apprendre par cœur s’il le faut.

Pour N°3, le titre est trouvé grâce à vous qui m’y avez aidé, ce sera « Semer des graminées ». Pas de fioritures. C’est celui qui lui va le mieux, il me semble. C’est ce qui me correspond le plus.

Je n’ai pas eu le courage cette fois-ci d’attendre qu’une maison d’édition tombe raide dingue de lui ni qu’un éditeur m’appelle avec des trémolos dans la voix. Je n’ai pas eu le courage de recevoir des lettres bateau me remerciant de mon envoi mais m’apprenant aussi que la ligne éditoriale ne correspond pas à mon livre. Je n’ai pas eu le courage d’attendre neuf mois pour avoir une réponse négative. Je n’ai pas eu le courage de guetter la boite à lettres ou mes mails, pas le courage de me mettre en colère, de déchirer les lettres avant de les scotcher et les glisser dans une grande enveloppe en kraft. Je n’ai pas eu le courage de le déposer moi-même sur des bureaux, à l’accueil sous le sourire ironique et narquois d’une secrétaire. Je n’ai pas eu le courage d’espérer. Je n’ai pas eu le courage de réfléchir à pourquoi ça ne marche pas. Qu’est-ce qui fait que, elle oui et moi non. Pas le courage d’ennuyer mes enfants, mon chéri, mes amies et ma mère avec ça. Pas le courage de faire comme BB et d’envoyer 8 manuscrits avant d’en avoir un qui soit retenu.

Mes rêves, s’ils prennent toujours autant de place, font davantage attention à moi. C’est sans doute l’un des effets collatéral de la Quinqua Power.

Pour ce nouveau livre, je repars pour l’auto édition et je vais reprendre mes milles vies de l’auteur indépendant.  Je vais décrocher les casquettes que j’avais accroché au mur de l’entrée, souffler sur la poussière et les déposer tour à tour sur mon crâne.

Je reviens, je vais recommencer à poser mes doigts sur les pages du blog pour vous raconter mes nouvelles aventures et celles de « Semer des Graminées ». Je reviens sur la pointe des pieds. En sautant de nuage en nuage et de marécage en marécage. En faisant bien attention où je pose mes pieds pour éviter les sables (é)mouvants.

Encore cette année, je vais avoir besoin de vous, parce que sans vous rien n’est possible. On en reparlera plus tard et j’espère pouvoir compter sur vous, vos partages et votre enthousiasme.

Alors, seras-tu là ?

Pour nos souvenirs et nos amours
Inoubliables, inconsolables
Seras-tu là?
Pourras-tu suivre là ou je vais?
Sauras-tu vivre le plus mauvais?
La solitude, le temps qui passe
Et l’habitude, regardes-les
Nos ennemis, dis-moi que oui
Dis-moi que oui
Quand nos secrets n’auront plus cours
Et quand les jours auront passé
Seras-tu là?

Pic on Unsplash

(Oups, vous avez la musique dans la tête maintenant ?)

17 commentaires sur “Ma vie d’auteure

  1. Semer aurait peut être été plus juste du point de vue jardinier , ça me fait penser à l’image du Larousse, je crois , avec la fleur de pissenlit,
    La sentence que j’ai retrouvée : Santé +Moral = Réussite, agrémentée d’une marguerite
    Bonne journée 😊

    Aimé par 1 personne

    1. Bon, du coup, je vais être obligée de modifier mon titre … Je ne suis pas au bout de mes peines avec celui-là, un véritable roman à lui seul 🙂
      Bisous

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    1. Bonjour Sandrine, je viens de trouver ton mail dans mes spams… Pour devenir un bêta-lecteur, il suffit de répondre « oui » quand je demande qui veut en être 😉 A très vite!

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  2. rhooo, je n’avais pas osé … « semer » au lieu de « planter », parce que, à défaut d’être botanique, c’était poétique.
    En tous cas, moi aussi, je l’attends !
    Je serai là, et je suis sure que mes copines du club aussi …
    Bises,

    Aimé par 1 personne

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