Comment t’as choisi le titre ?

C’est un problème, le choix des titres d’un roman. C’est difficile parce que tu vois, imagine que mon livre soit rangé sur une étagère de librairie…

Ho la! on a le droit de rêver, non ? Ça ne fait de mal à personne ! Bon, je reprends, donc mon livre est rangé au milieu de plein d’autres, sur une étagère de librairie. Toi tu t’ baladais sur l’avenue, le coeur ouvert à l’inconnu, t’avais envie de dire bonjour à n’importe qui. Du coup t’es entré dans la librairie, et t’as dit « Bonjour Jean-Marie ». Oui, le libraire, il s’appelle Jean-Marie, j’ai quand même le droit de dire ce que je veux non ? Tu t’approches de l’étagère et là, on est d’accord, tu ne vois que des tranches de livres et sur les tranches, les titres.

Le plus souvent la typo ne les différencie pas vraiment les uns des autres, ni la couleur  de la police d’ailleurs. Tes yeux balayent les titres, passent de l’un à l’autre. Il y en a qui font plus envie que d’autres, il faut bien en convenir. Il ne faut donc pas se tromper. Ça tient aux images qu’ils fabriquent dans ta tête, aux souvenirs qu’ils réveillent, aux promesses qu’ils font.

Mais avec les titres, ce n’est pas simple, parce que :

  • Il y a les déjà pris : ceux-là, c’est mort, impossible de les prendre, genre « ah je ne savais pas qu’il existait déjà un livre qui s’appelait comme ça… ». PQLV par exemple aurait très bien pu s’appeler « L’écrivain de la famille » ou « Le premier jour du reste de ta vie » ou « Toute première fois », mais ils étaient déjà pris…
  • Il y a les moralistes : ceux qui en font des caisses, ceux qui t’enjoignent à faire ceci ou faire cela dès la couverture.
  • Il y a les prout-prout, celui que tu sais que c’est mort, tu ne le liras pas (alors que tu aimes les romans de cette auteure- Laurence Peyrin) parce qu’il y a des mots, à l’intérieur du titre qui ne te plaisent pas, et ça ne tient à rien. Parfois il faudrait pouvoir faire abstraction du titre, mais comme c’est difficile, tu laisses passer un an.
  • Les sortis tout droit du roman : et qui, mis hors contexte sont tout à fait différents. Poétiques. Par exemple pour « Le matin est un tigre » de Constance Joly, j’étais tellement intriguée que j’étais impatiente de découvrir dans quel contexte j’allais le retrouver. Il était là, en bas d’une page, il passait presque inaperçu. C’était pareil pour « Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin, le titre était coincé au beau milieu d’un passage dont on aurait allègrement pu se passer.
  • Ceux qui viennent d’ailleurs, tirés du titre d’une chanson par exemple (tous les romans de Michel Bussy), qui viennent d’un poème ou d’une maxime (les Virginie Grimaldi), ou d’une citation d’auteur célèbre (Parce que la vie ne suffit pas). Pourquoi les choisir ? Parce que c’est bien connu, on ne reconnait que ce que l’on connait déjà et la moitié du chemin est ainsi faite.
  • Ceux qui faudrait pas qu’on croit que c’est une romance, parce que notre cerveau va direct associer le titre à l’amour : « La fille de la plage » ou « l’étudiante »
  • Pareil pour du feel-good : il faut faire très attention parce que souvent les titres des feel-good sont légèrement moralisateurs, méfie toi aussi de la couverture si tu veux mon avis, une couv’ avec un soleil couchant, une fille de dos qui regarde l’horizon, ou une fille qui saute de joie c’est du feel-good (ok, si tu ne veux pas mon avis, passe à la suivante)
  • Celui qui veut faire joli : bon, là aucun ne me vient à l’idée, mais je suis sûre que ça existe.
  • Un bon titre doit être efficace / évocateur/accrocheur, il doit réveiller des sensations, des souvenirs, une émotion. Et comme chacun le sait, on est tous uniques dont un bon titre pour moi, ce n’est pas forcément un bon titre pour toi.

Dans le titre le lecteur doit lire une promesse : ce livre va changer ta vie, ce livre est un message, il va répondre à tes questions, il va te permettre de t’évader, de rêver, de comprendre, de partager.

Le titre, c’est déjà un monde que l’auteur te donne à voir et toi, lecteur, tu dois te l’approprier pour en comprendre le choix, la métaphore et sa poésie.

Pour ma part, j’adore les titres tout droit sortis du roman et quand, au fil de la lecture, je les croise dans le texte, je m’arrête. Je tourne et retourne le mot ou les mots qui forment le titre. Je me questionne : qui l’a choisi ? L’auteur, la maison d’édition, le facteur ? Était-il une évidence ? Un pis-aller ? Un « c’est mieux que rien ». A t-il été choisi au pif au mètre, sur un coup de dé ou à la courte paille ?

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Pour « Parce que la vie ne suffit pas » le titre s’est imposé dès les premières séances d’écriture. J’ai même retrouvé un texte d’il y  a une quelques années où j’expliquais qu’il serait le titre de mon livre (vous vous en souvenez ?) Finalement, il n’allait peut-être pas si bien que ça pour le roman dont il est le titre.

Pour mon premier livre « Vent fort mère agitée », j’avais utilisé le nom de mon blog de l’époque et encore aujourd’hui, il me ressemble tellement que je l’adore. J’ai mis longtemps à trouver celui de mon prochain livre. Dans mon disque dur il y a plusieurs versions de lui même avec pas moins de cinq titres différents. Alors, bien entendu, je me questionne : n’y en a t-il pas un autre qui irait mieux ? Un mieux caché encore ? Je ne voudrais certainement pas qu’un lecteur me dise, une fois qu’il aura refermé le livre : « et pour le titre, t’es sûre? » (non)

Pic by Adam Muise on Unsplash

 

3 commentaires sur “Comment t’as choisi le titre ?

  1. Je ne pense pas que je me pose ce genre de question APRÈS avoir lu. Mais pour tout le reste, c’est tellement juste ! Haha les titres moralisateurs (et les titres injonctions) je les fuis. C’est fou le pouvoir d’un titre ! (et de la couv)

    Aimé par 1 personne

  2. J’en ai un dans ma bibliothèque qui s’appelle « les malabars sont fabriqués avec de la graisse de porc et les nougats avec des queues de souris » et je me souviens ne l’avoir choisi sur l’étal du libraire que pour son titre, mais je ne me souviens même pas si je l’ai apprécié …😂
    J’aime aussi une jolie couverture, parce que elle va faire du livre un bel objet

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai , comme tout le monde , des coups de cœur pour les titres. Qui peuvent me donner envie ou pas.
    Par contre, la quatrième est pour moi beaucoup plus importante ainsi que les avis des lecteurs ( critiques de blog ou des vendeurs des magasins, prix des lecteurs aussi) .
    Mais ton analyse des titres est bien trouvées , les titres Prout prout c’ Est tellement ça !!!

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