Les voyages forment la jeunesse #2

J’ai un peu peur de vous saouler avec « Semer des graminées » qui sortira le 12 juin….

Ok j’arrête. Il est donc temps de passer à autre chose, par exemple, à la deuxième étape du voyage entre filles (veuillez noter que je n’ai pas dit « seconde étape » c’est bien qu’il y en aura trois) (mais je ne sais pas quand…)

En ce vendredi soir, nous avons déposé la valise à roulettes et le sac-tellement-beau-mais-trop-lourd dans la chambre avant de  nous jeter sur les fenêtres pour regarder à l’extérieur. On avait beau tordre le cou, impossible de voir le ciel. Les fenêtres parisiennes n’étant pas conçues à cet effet, nos regards ont convergé vers la cour où des gens discutaient, prenaient un verre et fumaient, installés sur des chaises bistro du meilleur effet. Mais monter à Paris entre filles, nécessite une organisation verrouillée pour cause de programme chargé : nous ne pouvions lambiner davantage (si l’on considère qu’errer sur deux kilomètres équivaut à lambiner) et nous avons rejoint le théâtre.

Ce soir-là, nous avions rendez-vous à Mogador avec Roxie Hart, et Velma Kelly. L’idée d’aller voir Chicago, l’emblématique show de Broadway aux airs jazzy et aux chorégraphies spectaculaires nous était apparu comme une bonne idée depuis notre salon respectif quand nous en avions discuté. Le moment venu, on était toujours aussi contentes, mais nous avions faim. La salade Caesar avalée en gare de Bordeaux (et pas fameuse du tout, je vous recommande d’éviter) n’était qu’un lointain souvenir. Dans la rue Mogador, flottaient des effluves de nourriture qui faisaient grouiller nos ventres. En retirant nos places on nous indiqua que le spectacle commençait dans un quart d’heure et que seul un sandwich en carton triangulaire nous sauverait : « il y en a au bar » nous assura t-on (là non plus, je ne recommande pas)(j’aurais dû prendre des chips) (mais les chips ça fait du bruit quand on les mâche). À notre grande joie nous avons été surclassées (oui, ça veut dire qu’il n’y avait pas grand-monde).

Chicago : « Au cœur des années 20, à Chicago, Roxie Hart, une artiste de cabaret, tue son amant. En prison, elle y rencontre Velma Kelly, double meurtrière mais surtout, chanteuse de jazz et idole de Roxie. Grâce à un avocat doué – Billy Flynn – les deux femmes trouveront la voie de la liberté et celle du succès. » Dans ce spectacle, les chorégraphies sont effectivement grandioses et millimétrées, comme pour toutes les chorégraphies me direz-vous, oui, mais savez-vous une chose ? Les danseuses portent des talons. Pas des bébés talons, des talons immenses. Elles ne se trimballent pas en Stan Smith ou en espadrilles. Respect total!

À la sortie nous avons ressuscité nos estomacs en dînant dans le restaurant asiatique fusion qui nous avait attiré lors de notre arrivée et y avons croisé certains de nos voisins de théâtre avec lesquelles nous avons échangé deux ou trois hochements de tête polis. J’essayais quant à moi de retarder le moment d’aller au lit bien que mes yeux commençaient à papillonner dangereusement. La petite voix de Mister T me disant que j’allais être « humiliée parce que ma copine allait savoir que je ronflais » résonnait dans ma tête. J’avais prévenu Christelle qui m’avait gentiment assurée que ça ne la dérangerait pas, que sans doute, n’entendrait-elle rien. Je priais pour que le « sans doute » ne se fasse pas la malle en cours de nuit.

Le lendemain matin, allongée dans mon lit, face aux fenêtres par lesquelles je ne voyais pas le ciel, j’ai attendu la sentence tout en retardant le moment d’ouvrir les yeux, histoire de repousser l’instant de ma honte.  « J’ai rien entendu » m’a t-elle rassurée, bien que pour être tout à fait honnête j’aurais préféré qu’elle me dise « t’as pas ronflé ».

Je vous épargnerai l’épisode du petit déjeuner que nous avons attendu 45 minutes pendant que des gens, arrivés après nous, furent servis avant (dans ces cas-là, je deviens assez désagréable, je ne supporte pas l’injustice). Je ne vous dirais pas que l’une des deux a mis la note sur la chambre 303 (si ça avait été moi, je n’aurais donné aucun numéro de chambre) (parce qu’en plus mes croissants ne sont jamais arrivés) (heureusement nous avons partagé les tartines de Christelle). Nous sommes reparties en balade pour quelques stop nécessaires et notamment chez Mariage frères, puis nous avons retrouvé GrandeChérie et son Namoureux pour déjeuner asiatique en plein cœur du Marais. (Note à moi même : la nourriture asiatique est fort bien représentée à Paris, et, je pense, en nombre supérieur à la nourriture italienne.)

Après le repas GrandeChérie nous a demandé : « ça vous dirait d’aller à l’expo Vasarély? » J’ai pensé « non, pas du tout » super fort, mais elle n’a pas reçu le message (avec l’âge, je dois reconnaitre que cette enfant comprend de moins en moins bien le langage oculaire de sa mère). Répondre non de façon audible ne me semblait pas une option envisageable, Christelle et moi avons hoché la tête (on est assez docile à la cinquantaine). Pourtant, regarder des tableaux géométriques avec effet d’optique, ça ne me disait rien du tout. En préparant le week-end, j’avais bien vu que cette expo se tenait à Beaubourg, mais je n’y avais apporté qu’un intérêt limité disant à Christelle « pour les expos en revanche, il n’y a rien du tout ».

Ouais bon, je m’étais trompée. Enfin, c’est surtout Inès qui m’a ouvert les yeux. Alors que nous déambulions tranquillement et que je pensais à tout un tas de choses super plus importantes que des carrés et des ronds imbriqués les uns dans les autres, elle s’est approchée de moi : « tu te rends compte, aujourd’hui avec les ordinateurs on est saturés de ces effets d’optique, mais à l’époque, il n’y avait pas Photoshop, pas d’ordinateur, il a tout calculé et n’avait à la main que des pinceaux et des règles ». Je vous assure qu’après cette anodine petite phrase, je n’ai plus regardé cette expo de la même façon. Vous dire que j’ai été subjuguée ne serait pas de trop. (Note à moi-même : toujours visiter une exposition en compagnie d’un artiste) (NDLR : d’ailleurs pour la récente conférence sur Ramiro Arrue à laquelle nous avons été invités, elle a halluciné quand elle a entendu le conférencier dire que le peintre « n’utilisait que 3 couleurs et que la composition était « assez simple ». Elle m’a dit « c’est pas parce que c’est lisible que c’est simple » (NDLR : j’adore cette phrase ) puis assez agacée elle a poursuivi: « avec du blanc il fabrique 8 blancs différents, qu’est ce qu’il lui faut ? Il est nul ce conférencier! » Forcément, ça modifie la vision des choses.)

L’heure de notre prochain spectacle est arrivée assez vite et presque à l’improviste. Nous avons slalomé entre deux bus de personnes du troisième âge (on a fait baisser la moyenne d’âge) pour rentrer dans Théâtre Edouard VII pour « Encore un instant » avec Michèle Laroque et François Berléand. J’adore les deux acteurs et j’adore le metteur en scène (qui, quand je voulais être metteur en scène, était ma référence, maintenant c’est Nicolas Briançon) (pour quand je serai grande et que je serai metteur en scène). Pour être honnête leurs noms avaient été suffisants pour prendre notre décision. On n’avait pas regardé les notes sur internet (heureusement car elles ne sont pas super bonnes) et on connaissait simplement l’histoire.  Je pense ne pas trop m’avancer en disant que nous avons adoré.

Pitch : « Même après trente ans de mariage, Suzanne (Michèle Laroque) et Julien (François Berléand) sont toujours fou amoureux l’un de l’autre. Une couple complice et heureux. Suzanne est une actrice adulée du public. Une adoration qui, parfois, va jusqu’au fétichisme de son jeune locataire Simon. Pour son retour sur les planches, elle hésite à jouer dans la nouvelle pièce de Max (Lionel Abellanski), spécialement écrite pour elle.
Ce que veut Suzanne veut, c’est être seule, encore un instant, avec Julien. Julien qu’elle aime et qui l’aime, Julien qui râle et qui rit, Julien qui vit mais que personne ne voit ni n’entend. Sauf Suzanne…  »

C’est peut-être une histoire pour les filles, c’est peut-être une histoire pour les vieux (les vieilles donc). Il faut peut-être aussi connaître l’histoire pour la comprendre (les gens devant nous n’ont rien compris) mais moi (parce que je suis une fille, que je suis une quinqua et que je connaissais le pitch ?) j’ai adoré. Je vous avouerai aussi que j’ai pleuré. J’ai trouvé la pièce très poétique et tendre. Les répliques balançaient des graminées dans la salle et sans doute étais-je prédisposée à entendre certains passages.

Nous avons regagné l’hôtel et, après avoir cherché la clé de notre chambre avec la personne de l’accueil pendant un certain temps (en vrai c’est Christelle qui l’a cherchée avec lui, un problème de numéro de chambre, alors que je n’entendais pas ce qui se tramait (je suis sourde vous vous souvenez ?)  Une fois la clé retrouvée, nous avons passé une heure à papoter allongée sur le lit en attendant l’heure de notre ultime rendez-vous de la journée: un dîner dans une brasserie avec des voisins de tablée fort distrayants. 4 italiens, deux hommes à la chemise dégrafée, poils rasés (mais qui repoussent, faudrait pas qu’on croit qu’il sont imberbes), flanqués de deux jeunes femmes installées, sur ce qu’il convient d’appeler des échasses, ont passé le dîner à se prendre en photos à un niveau que je n’avais jamais vu. Master 4 au moins. La plupart du temps, ils ont mangé froid (le temps de prendre des photos, de les retoucher, de les comparer, les envoyer, attendre le retour et s’assurer que les gens dans la salle les regardaient gesticuler)(note à moi même : ce n’est pas une légende : les italiens font du bruit)(même si chacun d’entre eux étaient parfaitement seuls au monde) (la réception de la réponse par sms étant vachement plus importante que les trois autres assis avec eux).

La nuit se passa très bien et l’histoire ne dit pas si j’ai ronflé. ( Non, elle ne le dit pas!)

Au départ de l’hôtel le lendemain matin on nous fit payer la note pour la chambre 103 que nous occupions et dont nous avions appris le numéro la veille au soir en cherchant la clé. Et ? Les occupants de la chambre 303 nous ont gentiment offert le petit déjeuner de la veille.

 

 

5 commentaires sur “Les voyages forment la jeunesse #2

  1. Quel riche séjour !
    Je suis d’accord avec toi, visiter une expo avec un artiste (où une copine qui a fait des études d’histoire de l’art),c’est top. Avec un guide aussi, souvent. Je ne le fais pas assez.
    Quant aux Italiens, même si les clichés me font horreur, et les généralités encore plus, je dois dire que lors de notre passage à Dubrovnik l’été dernier, je les aurais bouffés. Un sans-gêne incroyable, à te pousser pour faire un selfie là où tu es en train d’admirer le paysage, etc. Quelle vacuité d’existence…

    Aimé par 1 personne

  2. je reformule : peux être que tu ronfles, en tout cas cela ne m’a pas empêchée de dormir…

    c’est risqué de tout raconté non ? imagine que les habitants de la 303 lisent le blog ?

    J’ai adoré l’expo Vasarely, je ne savais même pas que je le connaissais, je n’ai pas une culture artistique très pointue, accompagnée par des connaisseuses c’est hyper intéressant.

    Encore un instant, c’est ce que j’avais envie de leur dire quand ils ont rallumé la lumière, histoire que j’ai le temps de m’essuyer les yeux.

    Que de beaux souvenirs… 😘

    Aimé par 1 personne

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