L’interview

Avec vos trois livres* vous oscillez entre roman, roman biographique et roman familial. Dans « Semer des graminées » qui sort mercredi prochain (NDLR le 12 juin, jour de la Saint Guy) vous racontez de façon poignante et sensible la maladie de votre père atteint d’un cancer, son combat et votre cheminement vers la fin, inéluctable. Vous prévenez d’ailleurs vos lecteurs en quatrième de couverture :  » Ce livre n’est pas un roman. Il n’y a aucun suspense. Au début vous connaissez déjà la fin ».

Ce n’est pas un peu dangereux de dire d’un livre qu’on connait déjà la fin à l’heure où les gens sont prêts à dézinguer quiconque qui tenterait de spoiler leur série favorite ?

Ah ah ah. En tout cas, c’est mon choix. Peut-être parce que j’adore connaitre la fin avant de regarder un film.

Ah bon?

Oui et mes enfants l’ont bien compris. Pour que je reste bien sagement assise devant un écran ils me disent « bon, celui-là, ne t’y attache pas, il meurt et elle aussi, par contre lui tu l’aimes pas, mais attends un peu, tu vas changer d’avis ». Trêve de plaisanteries, l’idée de cette quatrième de couverture c’était surtout de ne pas induire le lecteur en erreur. Ce livre n’est pas un feel-good où tout se termine bien à la fin. C’est la vraie vie, celle avec des larmes, des kleenex froissés et des termes médicaux à coucher dehors.

Justement, comment réussit-on à écrire un texte aussi intime pour le livrer aux lecteurs ? Écrire  m’est venu assez tard dans le processus de maladie de papa. J’ai d’abord pensé qu’il s’en sortirait. Il était médecin, il avait vaincu des tas de maladies, il ne pouvait que réussir avec la sienne. Au bout de six mois, il est devenu évident que l’histoire n’allait pas aussi bien se terminer que je l’aurais voulu, alors, j’ai ouvert une sorte de journal. J’ai commencé à consigner mes pensées parce que j’ai une mémoire très sélective qui abandonne en cours de route trop de choses, et dans ce cas précis, je voulais me souvenir. De lui. De moi. De choses insignifiantes sans doute mais qui avaient fait mon enfance, qui avaient fait celle que je suis aujourd’hui. Au début, ce n’était rien d’autre qu’un dossier dans mon ordinateur, je n’étais pas très assidue, je travaillais sur autre chose. J’ai pensé qu’il resterait à jamais bien au chaud dans mon disque dur et que mes enfants le trouveraient un jour. À ma mort.

Et puis ? Et puis, je l’ai fait lire et on m’a dit « voilà, c’est exactement le livre que j’aurais aimé lire quand ma sœur est tombée malade. Il faut que vous en fassiez quelque chose, il ne peut pas rester dans un tiroir! » Cette personne a ajouté qu’il pourrait parler à des gens. J’ai pensé qu’il pouvait y avoir quelque chose d’universel dans ce texte. Un chemin. Et puis, je ne voulais pas reproduire l’histoire et attendre ma mort pour que mes enfants découvrent une part de ma vie.

Du coup, ce texte si poignant est-il une autobiographie ? Il est toujours important pour le lecteur de savoir quelle est la place du réel dans le roman qu’il lit. C’est une question que je me pose aussi à travers mes lectures. Dans « Semer des graminées », la place du réel est prépondérante, mais j’avoue que j’ai parfois un peu romancé (bien que je m’en défende dans le livre). Je voulais affronter mon chagrin de petite fille de cinquante ans et si possible en faire quelque chose qui pourrait être un bel objet, un objet qui pourrait être utile à d’autres. Savait-on jamais!

Que direz-vous à ceux qui penseront que vous vous êtes trop affichée ? Qu’ils ne lisent pas le livre. Il y en a des tas d’autres, ils en trouveront certainement un qui leur plaira.

Vous ne vous êtes jamais censurée ? Si bien sûr, il y a des choses qui n’impliquaient pas que moi et que j’ai enlevées parce qu’elles ne servaient pas l’histoire.

L’avez-vous fait lire à votre famille avant sa parution ? Oui, à celles avec qui il avait partagé sa vie.

Et ? Si le livre sort le 12 juin c’est qu’elles m’ont donné leur accord. Maman m’a dit « n’attends pas ma mort pour écrire un aussi joli texte sur moi, je veux le lire avant de mourir. » L’épouse de papa m’a écrit un long texte. Je crois qu’à ce jour elle a déjà lu le livre trois fois.

L’auto-édition, on en parle ? Oui, oui, sans problème, ce n’est pas un gros mot vous savez, et c’est un vaste sujet. Pour ce livre là, l’auto-édition est un choix, je suis assez peu douée pour m’entourer des gens à qui mon travail pourrait plaire, enfin, c’est ce que dit une amie, et de toute façon je ne savais vraiment pas à qui l’envoyer. De plus, je n’avais pas envie qu’on me dise « ça, ça va pas il faut retravailler ». Je voulais rester sur l’émotion pure. Il y aurait des maladresses ? Tant pis, il y aurait surtout ma sincérité. Pour mon précédent, « Parce que la vie ne suffit pas », ce n’était pas un choix. Je l’ai déposé à des maisons d’édition**, comme je l’ai fait pour les cinq précédents mais il n’a pas retenu leur attention. Il n’entrait pas dans leur ligne éditoriale et pourtant, je suis formelle je ne l’ai pas envoyé à des ME qui ne produisent que des livres de cuisine (rires). Mais PQLV a eu plus de chances que les précédents, puisqu’il existe.

L’auto édition est un travail de longue haleine.

Oh que oui. Entre l’écriture la correction, la réécriture, les relectures, la création de l’objet-livre, la communication autour de sa sortie sur les réseaux sociaux, auprès des libraires et des médiathèques, la création de réseaux, de liens avec des influenceurs littéraires qui aujourd’hui font souvent le succès d’un livre, ça demande beaucoup de temps et d’implication, mais le jeu en vaut la chandelle!

Semer des graminées est -il une injonction ? Oui, certainement. Une injonction à se raconter et à dire aux gens qu’on les aime. Avant que …

 

* »Vent fort, mère agitée » 2012 – « Parce que la vie ne suffit pas » 2018 Librinova – « Semer des graminées » Librinova 2019

** 15

Note à mes amies : Ne cherchez pas cette interview dans un quelconque journal ou magazine. Ceci est une fausse interview ^-^

 

 

10 commentaires sur “L’interview

    1. Donc, après l’interview, je me suis rendue à pieds dans un parc situé à quelques pâtés de maisons, un endroit merveilleux m’avait-on assuré par téléphone, un endroit où tout le gratin m’attendrait pour me féliciter de ce magnifique livre qu’il leur tardait tant de lire (et accessoirement nous pourrions boire du champagne)

      J’avais choisi de très jolies chaussures à talons pour accessoiriser mon pantalon noir tout simple (il parait qu’il ne faut pas faire trop apprêté dans ce genre de sauterie) (c’est pourquoi j’avais choisi ce pantalon : il a deux marques de décoloration sur le tibia et donc on voit tout de suite qu’il n’est pas neuf) (alors que je le lave sur l’envers, oui, je précise avant de recevoir des recommandations) (bref). Les talons ? Pas grand chose, à peine quelques centimètres, mais ces P* de centimètres se sont révélés extrêmement pervers : en à peine quelques pas (douze à peu près) j’ai senti la naissance d’ ampoules au niveau des talons (j’ai les pieds très fragiles). Je visualisais parfaitement les pustules en train de se gonfler sous l’effet de l’échauffement. Plutôt que claudiquer (maman n’aime pas ce terme) j’ai enlevé mes chaussures.

      J’ai continué ma descente et fait celle qui se moque de son allure, j’ai souri à tour de bras, j’ai imaginé que je lançais une mode (les gens se sont parfois retournés sur mon passage en se demandant si je n’étais pas un peu demeurée) (mais j’ai fait semblant de ne pas les voir) (j’avais mes lunettes de soleil).

      J’avais enfilé une blouse en jean qui, de l’avis de mon miroir (celui qui est situé en bas de l’escalier) flatte la couleur de mes cheveux (du coup j’en ai quatre) et une veste en pied de poule (ou un truc dans le genre) (si, ça allait bien, c’est ce que Christelle m’a dit en tout cas).

      Vraiment, c’était une belle journée, je me rendais à ma première garden party organisée en l’honneur de mon livre (et je m’étais occupée de rien). Qu’est ce qui aurait pu ne pas aller ? Des oiseaux chantaient (mais je ne connais pas leur nom, je ne suis pas très douée en ornithologie), les pâquerettes s’agitaient sur mon passage (puisque je vous le dis), je marchais le nez au vent.

      En arrivant au parc, il y avait des ballons de baudruche partout, un joli mélange de couleurs, des rosaces en papier. C’était un peu kitsch, mais ça m’a plu. Il y avait aussi des bourdons au-dessus de ma tête qui bourdonnaient vraiment fort (c’est un peu le propre des bourdons). A l’entrée, j’ai dû montrer ma carte d’identité parce que le gardien ne voulait pas me faire entrer. Une histoire de pieds nus et d’âge (« non, ça ne peut pas être vous, il parait que c’est une fille qui pleure la mort de son père, franchement à votre âge… ») (et puis il regardait mes pieds bizarrement). Bon, je ne lui ai pas cassé la gueule, mais il s’en est fallu de peu.

      Heureusement Ryan Gosling m’a reconnue et est venu me chercher. J’ai beaucoup aimé ses chaussures. Il m’a offert un Moscow Mule. Ouais bien sûr que vous ne connaissez pas (moi si). Il m’a dit (en fait il parle vachement bien le français mais il ne veut pas que ça se sache) : « si tu bois du champagne, poupée, tu vas avoir la gueule de bois, et moi j’embrasse pas les filles qui ont la gueule de bois ».

      Du coup j’ai pris sa Moscow truc. Pourquoi ? Pour pas avoir la gueule de bois (et pas du tout parce que peut-être il envisageait de m’embrasser).

      J’ai eu beau chercher, nulle trace de ChériChéri nulle part. Sans doute avait-il dû rencontrer Sophie Marceau. J’étais à deux doigts de lui faire une scène de jalousie mais juste à ce moment là j’ai senti un grand coup dans mon tibia. Tout de suite j’ai pensé à mon pantalon. Il avait déjà une bande blanche, il allait avoir un trou maintenant. C’était bien ma chance. Et puis soudain j’ai entendu « Nath, tu ronfles ».

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