Mon meilleur souvenir

Il ne s’est rien passé d’extraordinaire. Non. Rien de rien. Aucune photo n’a été faite de cet instant-là. Je pensais que, comme beaucoup d’autres, cette image s’échapperait, s’envolerait, s’évaporerait.

Elle est bien étrange l’alchimie des souvenirs. Je me souviens de cet instant-là et pas de centaines d’autres qui ont eu lieu au même endroit, sensiblement à la même heure et avec les mêmes protagonistes.

Là, tout est très clair. Je me souviens de tout. De la luminosité dans le salon, de mes pieds repliés sous moi le téléphone collé à l’oreille, de ses cheveux accrochés à la va-vite, de sa présence sur l’autre canapé, du plus jeune déjà couché mais pas encore endormi, de leur père quand à lui, bel et bien assoupi dans le fauteuil en laine bouillie, de moi qui ne faisais rien de particulier si ce n’est écouter leur sœur me parler, et eux qui ne faisaient rien de spécial non plus, si ce n’est qu’ils n’étaient pas là. L’instant pour tout dire a duré trois secondes sans doute. Trois secondes que j’étire à l’infini.

Pour quelle raison cet instant là s’est-il imprimé sur mon disque dur ? Je ne sais pas. Je ne sais pas comment opèrent les souvenirs pour exister les uns par rapport aux autres. Tirent-ils à la courte paille pour désigner celui qui restera ? Les malchanceux tournent-ils les talons avec rage pour s’enfuir au fin fond de la mémoire, ou attendent-ils, tapis dans l’ombre le bon moment ? Qui fait le classement et pourquoi ? Sur quels critères ?

Que vais-je garder de cet été ? Les  soirées sous la toile, nos baignades le soir venu, nos discussions sur les transats rayés, mes doigts sur le clavier qui cavalent, le soleil avalé à grosses lampées pour rattraper le temps perdu des derniers mois, l’odeur de l’arbre dans le jardin ou celle du creux de son cou,  le bruit de la rue, le sable sous mes doigts, une heure passée sur un bateau, mais lequel ? Un trajet en voiture, un regard, une couleur de cheveux, un carrelage mosaïque, le bleu d’une aile d’avion, une grille, une façade jaune, la sensation dans le hamac, le goût d’un coca sans bulle, les bougies allumées, le symphonie des moustiques,  une carte Vidal-Lablanche ?

J’ouvre les paris, mais sans doute, dans un an, un tout autre aura pris la place au panthéon de mes souvenirs.

Un moment tout simple d’aujourd’hui qui sera devenu : Mon meilleur souvenir.

Pic by Remi Jacquaint on Unsplash

2 commentaires sur “Mon meilleur souvenir

  1. Mon meilleur souvenir de l’été dernier : je suis sur la route, vitre ouverte, côté passager. J’écris. Le vent dans mes cheveux. L’odeur du soleil. J’écris et quand je lève les yeux, il est là. Et quand je lève les yeux c’est tout bleu. Bleus.
    C’est ce vent, je crois, qui fait mon souvenir. Le vent m’a toujours donné une sensation de folle liberté.

    J'aime

  2. 2015, un apéro au coucher de soleil avec les grognements des hippopotames et des millions de fourmis volantes qui prennent leur envol. 2016, pas de Meilleur souvenir juste plein de moments agréables dans une année de transition.
    2017, une photo qui s’affiche dans mon téléphone par une froide soirée de Novembre et qui réchauffe tout.
    Mon meilleur souvenir de 2018 ? Y’en a trop !!!

    Aimé par 1 personne

Répondre à Val Lao sur la Colline Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.