Le piano

La première fois que je l’ai rencontré, j’ai vu ses mains. Longues, fines, agiles. Elles voletaient quand il parlait. Ses ongles étaient des coquillages blancs qu’il croquait.

La première fois que je l’ai vu, il a chanté pour nous. Une comptine française apprise à l’abri du soleil, dans les coursives qui bordaient l’orphelinat.

La première fois que je l’ai rencontré, on nous a fait visiter l’endroit où il dormait. On nous a montré son lit « celui-là » nous a t-on dit dans la lumière rasante de la pièce aux volets fermés.

La première fois j’ai pensé, il a des mains de pianiste.

Sur le lit, il y avait des écouteurs emmêlés. On nous expliqua qu’il écoutait la musique pour s’endormir. Je cherchai des yeux le MP3 sans le trouver, un téléphone portable peut-être? Non plus. Je ressortis. Au soleil. Le mien. Celui qui roulait à toute allure sur son vélo rafistolé en combinaison de ski orange.

Cet été 2019 était celui de tous les dangers. Avec PetiteChérie partie en stage et son meilleur ami en Espagne, avec les grands qui ne descendaient pas aussi tôt que les autres années, je devais lui trouver une occupation au risque de le retrouver enchainé à Fortnite. Il y avait la plage et la piscine me direz-vous. Mais il y a ses yeux, vous répondrai-je. Ses yeux qui ne le laissent pas en paix, qui piquent, se voilent, lui font entrevoir ce qu’il refuse d’imaginer.

C’est au détour de quelques heures d’un stage de piano niveau débutant que son été 2019 a changé et qu’il prit une autre teinte, celle de la musique. 4 heures, c’est ce qu’il lui fallut pour que ses doigts se délient sur le clavier et que ses mains recommencent à voleter avec légèreté. On a tous besoin d’un endroit pour rêver et se réaliser, je pense qu’il a trouvé le sien. C’est maintenant au piano électrique prêté par la bonne fée Marie Aline que je le retrouve enchainé. Tôt le matin, tard le soir, pendant la canicule alors que d’autres s’ébattent joyeusement dans l’eau bleue de la piscine, pendant que je cuisine. « Tu as besoin d’aide ? » me demande t-il alors. « Oui, j’ai besoin de musique ».

Il a d’abord appris un morceau d’Alycia Keys lors du stage, puis il demanda à apprendre un morceau d‘Alan walker, la musique du film Lalaland et celle d’Amélie Poulain « Comptine d’un autre été ». Depuis hier soir il s’échine sur Let it be.

Et pour toi, bien sûr, c’est incroyable, me direz-vous un rien blasé. Oui, parce que j’aime être le spectateur de ce que la vie est capable de mettre en place par un enchainement de minuscules riens, presque par défaut. Ah, non attendez, le plus incroyable c’est qu’il joue les yeux fermés. Mais il faudra me croire sur parole, je n’ai pas réussi à obtenir l’autorisation de poster les vidéos que je regarde en boucle sur mon téléphone.

pic by Andrik Langfield on Unsplash

5 commentaires sur “Le piano

  1. C’est génial, comme ce doit être agréable. Ici quand il se mettent au piano c’est du grand n’importe quoi.
    Je comprends tout à fait qu’l Ferme les yeux, les vibrations d’un piano sont magiques.
    A sa prochaine visite je lui prête le mien. 😘

    Aimé par 1 personne

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