Un à un ou par groupe

Si je n’ai pas compté, c’est surtout pour ne pas paniquer. Un rien pouvait me faire chavirer. Ça c’était déjà produit.

Ils étaient là. Immobiles, après avoir rampé dans l’ombre sans que je ne les remarque. Ils attendaient leur heure avec un air goguenard. Je devais les dézinguer. Un par un ou par groupe. Réfléchir à la meilleure façon de le faire. Il y en avait des grands et des petits, des lourds et des légers, ceux que je connaissais par cœur et ceux que j’avais oubliés. Ceux dont je devais me méfier et pour lesquels j’aurais préféré attendre. Un autre jour. Dans six mois.

Un instant, j’ai presque baissé les bras. J’ai failli tourner les talons. Jeter l’éponge. Prétendre que nous pourrions faire autrement. Que ce serait une bonne chose après tout. Parce que je savais que les éradiquer une fois ne serait pas suffisant, je les retrouverai forcément après, de l’autre côté. Je fermais les yeux sur la troisième étape. Il y avait toujours une troisième étape.

Je m’y suis attelée. Un à un ou par groupe. Les grands et les petits, les lourds et les légers, ceux que je connaissais par cœur et ceux que j’avais oubliés. Ceux dont je devais me méfier et pour lesquels j’aurais préféré attendre. Ne pas compter. Ni calculer. Il faisait sombre, je pouvais toujours me tromper. Prétendre qu’ils étaient mille alors qu’en tout et pour tout il y en avait douze. Ou l’inverse assurément. Ne pas enrager, ni poser de questions. Même pour celui qui me donnerait le plus de mal. Même pour celui dont je sentais la présence silencieuse et le sourire en biais me guetter, prêt à tout faire basculer. Oh, non, pas lui !

Je le savais il y en aurait encore. Toujours. Ici ou là. Le matin ou le soir. L’hiver ou l’été.  Inutile de détourner le regard, le coup du boomerang se ferait plus fort à ce moment-là.

Alors, j’ai poursuivi mon œuvre. Vérifié ici. Enlevé là. Mes yeux les fixaient pour qu’au bout du bout, chacun les retrouve comme à leur entrée dans la famille. Leur curiosité piquée au vif, ils n’ont eu de cesse de vouloir insinuer en moi le doute. « Ah, ah, ah tu n’y arriveras pas ! » Pour que s’insinue en moi la faille. L’abandon. Mais j’ai persévéré, non sans une certaine fierté je dois bien l’avouer. Devant tant d’abnégation de ma part, je crois même les avoir surpris à frémir. J’avais gagné une bataille, il fallait gagner la guerre. Ils ne m’auraient pas.

Vaillamment, j’ai remis mon travail sur la planche et  finalement, après un combat ardu, hier soir, le trop plein a laissé la place au rien. Au vide. Celui qui donne des papillons dans le ventre. Celui que l’on voudrait garder intact.

Un à un ou par groupe. Les grands et les petits, les lourds et les légers, ceux que je connaissais par cœur et ceux que j’avais oubliés. Ceux dont je devais me méfier et pour lesquels j’aurais préféré attendre je les ai tous dézingués : 44 tee-shirts / 32 slips et caleçons / 6 soutiens gorges / 24 paires de chaussettes / 4 serviettes de bains / 4 pulls / 3 vestes en jean / 12 pantalons / 24 shorts / 3 paires de draps/ 2 nappes / 9 chemises / 3 sweats / 2 vestes zippées / 3 robes / 4 pyjamas n’ayant pas servi.

Pic qui n’a rien à voir 😉 by Vincent Guth on Unsplash

 

4 commentaires sur “Un à un ou par groupe

  1. 😃😃😃😃😃😃Lol vive les retours de vacances…

    Moi ça a été les draps, les serviettes qui y sont passés ! et tout ce qui a été en contact avec nos têtes depuis 3 jours et les brosse à cheveux , tout ça enfermés 48h dans un sac poubelle. On a Le peigne pour se coiffer.
    Ce matin la première bataille est gagnée après la grande attaque d’hier ( il y avait du monde…) et une nuit enduite d’huile avec des huiles essentielles sous du film d’emballage, ils n’y en a plus un seul. Mais nous devons veiller, Le peigne en main!

    Aimé par 1 personne

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