Mon insolite abécédaire du retour à Hanoï : F

F comme famille.

F comme tribu, F comme amour. F comme pilier de la société vietnamienne.

Sans la famille, ici, on n’est rien du tout. Ou pas grand-chose. Ici c’est le bonheur de la communauté qui est recherché en priorité, l’individualisme ne vaut rien. Fonder une famille est considéré comme l’aboutissement de la vie. Vous imaginez donc que notre petite tribu, quand elle se déplaçait n’est pas passée inaperçue. Je crois que ce voyage est la meilleure idée qui nous soit passée par la tête, quand un dimanche matin, alors que la pluie tombait drue et que le moindre brin d’herbe courbait l’échine, alors que nous avions enfilé jogging et tennis pour aller marcher, alors qu’au dessus du plafond du salon certains faisaient encore de jolis rêves, que le voisin jouait à déplacer ses voitures sur le gravier crissant, que les enfants de l’autre étaient retenus à l’intérieur et jouaient, eux aussi sans doute, aux petites voitures, que Diva nous regardait perplexe « alors, on y va? » et qu’Igor était roulé en boule au fond du fauteuil à bascule, on s’est dit : on y va!

Quelques mois avant de partir, je dois bien avouer, j’ai eu des sueurs froides. J’adore mes enfants. Je pourrais mettre 10 O à l’intérieur que ça ne changerait rien. Je ne les aimerais pas davantage. Je les trouve incroyables, intéressants, drôles, créatifs, aimants, j’admire ce que chacun d’eux est devenu ou est en passe de devenir. La seule difficulté réside dans le fait qu’ils sont grands. Et contre ça, je ne peux pas grand chose. Partir avec des petits, même si ça chougne, que ça râle, que ça boude, crie ou pleure, que ça refuse de marcher ou de manger, on arrive toujours à se faire entendre. Partir avec 3 grands et 1 petit qui, au milieu des autres, se prend pour un grand, c’est une autre paire de manches. Enfin, que je pensais. Je me disais que faire en sorte que tout le monde soit prêt à l’heure dite, alors que nous étions 8, ne serait pas aisé. Il y aurait les couche-tard et donc lève-tard, ceux qui n’auraient pas dormi, ceux qui auraient été malades, ceux qui prenaient le temps de déjeuner et ceux qui ne prenaient qu’un thé sans sucre, ceux qui voudraient profiter, ceux qui auraient envie et ceux qui ne l’auraient pas. Ceux-là pouvaient d’ailleurs fluctuer d’un jour à l’autre. Et puis, non. On s’est toujours retrouvé à l’heure dite dans la salle du petit déjeuner. Je me disais qu’il serait compliqué que chacun ait son temps de parole pour les mêmes raisons (ceux qui parlent fort, ceux qui se taisent, les bavards, ceux qui ont besoin de silence ou de temps pour pouvoir s’exprimer…), mais là encore ils m’ont bluffée. Chacun a mis de l’eau dans son vin. Bien sûr il y eut des moments plus simples que d’autres mais je ne retiens que ce que j’ai aimé : leurs câlins,  les voir se réconforter quand il le fallait,  les entendre rire et chanter à l’arrière du bus que nous avions loué, les voir se tenir par la main en ribambelle comme il y a près de huit ans, entourer leur frère quand il en ressentait le besoin, j’ai aimé les voir s’expliquer quand un midi il eurent besoin de crever un abcès et que je me suis éloignée d’eux, que je me suis adossée à un camion et que j’ai attendu que l’orage passe, au propre comme au figuré. J’ai aimé les regarder vivre.

Nous en sommes, je crois, rentrés plus forts, plus proches encore. L’un d’entre nous est rentré plus serein. Il a raccroché les wagons de ce qui fut et ce qui est, pour entrevoir ce qui sera. Une fois rentré, à quelqu’un qui me demandait si nous avions rencontré ses parents quand nous étions au Vietnam, il a répondu « beh, bien sûr, qu’ils y étaient, j’y serai pas allé tout seul. » J’ai souri devant l’air contrit de l’inconnu. Mister T a glissé sa main dans la mienne.

 

 

10 commentaires sur “Mon insolite abécédaire du retour à Hanoï : F

  1. Coucou
    Je crois aussi que c est la magie du Vietnam de rapprocher les familles… quelque chose dans l air ou dans les sourires qui sont posés sur nous. Ce n était pas un voyage de retour pour nous et nous en sommes revenus plus proches, plus soudés.
    Vous êtes une très belle famille 🤩.
    Marie
    PS je crois que Tanh a un tee shirt de foot avec le drapeau français 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Qu’ils sont grands! J’ai toujours en tête les enfants que tu décrivais dans “vent fort mère agitée” alors c’est un peu un choc cette photo aussi.
    Mais qu’ils sont beaux, quelle merveilleuse famille!

    Aimé par 1 personne

Répondre à Catherine Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.