11 mois et 13 jours

J’appréhendais un peu la période. Est-ce que j’y penserai encore tous les jours ? Plusieurs fois par jours ? Le soir ou le matin ?

Si vous avez lu Semer des graminées, vous savez de quoi je parle, de qui. Si vous ne l’avez pas lu, il faudra faire avec. Ou plutôt sans. Je n’y pense pas plus, pas moins, pour l’instant. Il faut dire que j’y pense déjà plusieurs fois par jour, donc on va dire « heureusement, pas plus ».

On m’avait dit : il te faudra un an pour aller mieux. Je vais avoir un an dans quelques jours, un an qu’à certains moments j’ai douze ans, que je ferme les yeux et que j’essaie de convoquer mes souvenirs pour retrouver son visage et sa voix un rien cassée comme la mienne trop souvent. Il y a eu certains jours comme des nuages amers qui rampaient dans mon ciel, d’autres plus légers où j’aurais pu jurer que rien ne s’était produit, que ça n’avait été qu’un mauvais rêve, tout ça n’était qu’une erreur. « Attends, tu vas voir, je vais l’appeler ». Il y a eu des jours où l’absence était une compagne presque douce qui m’enveloppait de ses longs bras et me faisait un châle douillet. Je m’y suis habituée finalement. Certains jours j’ai accepté de n’être qu’elle, cette enfant de douze ans qui avait un papa formidable.  J’ai laissé passer l’hiver, attendu le printemps, me suis enfuie l’été venu puis l’automne est arrivée et avec elle tout un tas d’anniversaires pour attendre à nouveau l’hiver.

On m’avait dit : Un jour tout se calme et on accepte parce que tu sais, c’est la vie et c’est bien aussi, de continuer.  J’avais pensé que c’était très facile de dire ce genre de choses. Oui, fallait pas non plus exagérer. Et le couplet sur « il n’aurait pas voulu que tu t’effondres » n’est pas venu parce que mes yeux noirs l’ont éradiqué avant qu’il ne sorte par les lèvres de la jeune femme en face de moi. Et puis, un matin, en me regardant dans le miroir de la salle de bains, je me le suis dit « Nat, il n’aurait pas voulu que tu t’effondres. » Alors ce jour-là, j’ai repris mes pinceaux à maquillage oubliés depuis longtemps, depuis que nous sommes ici, et j’ai badigeonné mes yeux, j’ai maquillé mon visage pour faire croire que j’allais bien, parfaitement bien, merci… ou pour m’empêcher d’avoir les yeux qui transpirent et ne me transforment en panda.

On m’avait dit maintenant, tu n’auras plus de problème avec ce qui doit se terminer. Mais cela n’a rien changé, j’ai toujours cette peur qui me fait ralentir de boire pour ne pas avoir à terminer mon verre, j’hésite toujours à regarder le soleil couchant, lui préférant le jour qui se lève, j’envisage les nouvelles amitiés avec joie en refusant de trancher net dans les anciennes. J’aime toujours autant ce qui commence. Comme une promesse.

On m’avait dit, tu auras d’autres priorités, parce que tu auras affronté l’impermanence des choses, mais rien n’a changé, je n’ai qu’un priorité : les aimer et le reste vient après.

Pic by Lerone Pieters on Unsplash

7 commentaires sur “11 mois et 13 jours

  1. Oui on est tous différents sur « l’après »….
    Moi ce sont les fêtes de fin d’année le plus difficile parce qu’il y a des périodes où les absents sont encore plus absents… mais bon pas le choix alors on se colle un sourire et on fait comme si !!
    Je dis ça et en même temps ça dépend des jours…. ah là là c’est pas simple.

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  2. Bonjour Nathalie,
    Je sais très bien de quoi vous parlez car j’ai lu votre livre « semer des graminées » mais aussi « parce que la vie ne suffit pas ».
    J’ai pleuré avec vous en lissant votre livre, j’ai senti votre chagrin.
    Bon courage et continuez à écrire, je suis sûre que votre père sera fier de vous!

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    1. Bonjour Andrea, Merci infiniment de votre message! Quel plaisir de découvrir des lecteurs inconnus ! Merci de votre confiance et de votre soutien. À très vite, j’espère … et si je ne vous revois pas sur mes pages d’ici-là, passez de bonnes fêtes.

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  3. Cette année là à pour moi été celle du soulagement : celui de le voir enfin débarrassé de la tristesse dans ses yeux quand il se rendait parfois compte que je n’étais pas sa soeur ou qu’il ne trouvait pas ses mots , celui de voir ma maman enfin libérée de la culpabilité de l’aidant qui a mis son mari en maison de retraite mais qui ne s’y résout pas, de la voir enfin retrouver son sommeil et l’envie de faire des choses après 4 ans d’enfermement progressif. Bref, la peine n’était plus là , mon papa n’était déjà plus depuis longtemps mon papa… la colère après cette satanée maladie a plus été présente que la tristesse.
    Par contre, ton livre m’a incité à convier dans mon esprit des images de mon enfance que j’avais oubliées depuis longtemps, et que j’avais dissimulées sous la colère et l’amertume. Un peu de douceur s’est réinvitée à mon esprit grâce à ton livre.

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