Phases d’écriture

Oui, je sais, je suis un peu en boucle en ce moment. J’avais envie de revenir ici, d’écrire un truc mais je ne savais pas trop quoi. Il y a quelques textes qui squattent le disque dur de mon ordinateur alors pourquoi celui-ci ? J’aurais pu choisir celui sur la vraie vie, celui sur les gris-gris, celui sur être deux. Mais non, ce sera pour une prochaine fois parce qu’aujourd’hui, j’ai choisi les phases d’écriture quand tu écris un roman. Tu n’écris pas de roman ? C’est ballot !

1) Au commencement, il y a l’excitation. C’est une période assez agréable. Tes doigts te chatouillent, tu as mille idées et autant de choses à dire. Tu passes ton temps à prendre des notes sur un carnet, tu écoutes d’une oreille distraite la vie qui se joue dans ton salon et tu regardes avec mille yeux curieux les gens qui déambulent sur ton trottoir et s’arrêtent au café au bout de la rue. Un jour, tu tires un fil et c’est toute une histoire qui se tricote. Tu es remplie d’espoir. Tu penses encore une fois que tu n’es pas à l’abri d’un fabuleux malentendu grâce auquel ton roman deviendra forcément un best-seller. Parce que celui qui vient est toujours le meilleur. Et pourquoi pas lui ? Et pourquoi pas lui.

2) Deuxième période, celle où tu ne sais plus vraiment où tu vas. Tu as tellement tiré le fil qu’il s’est effiloché, pourtant, tu y vas quand même, comme s’il en allait de ta vie.Ton texte t’échappe un peu. Il est trop grandiloquent et veut faire son intéressant. Parfois il t’embarque dans des endroits que tu n’avais pas du tout envisagé et d’autres fois tu le regardes faire en secouant la tête. Alors tu coupes et tu recommences.

3) Il y a le moment où tu te demandes pourquoi tu racontes cette histoire parce que franchement, à qui pourrait-elle plaire ? C’est encore et toujours un sujet de niche qui n’intéresse que 12 personnes. Quand on te parle de romans d’aventure, de policiers, de romans de développement personnel ou de feel-good tu baisses les yeux. Quand on t’envoie la liste des 10 auteurs les plus lus en France, tu passes ta journée au lit parce que tu te sais incapable d’écrire « Ça ». Alors tu te réconfortes en écrivant sur le mur de ton bureau « on écrit toujours à partir de sa vérité » ou « il est juste de raconter des histoires pour éprouver qui nous sommes ». Certains jours tu ne comprends rien à tes mantras, de rares autres, ils t’empoignent par le colbac et te font faire des pages et des pages.

4) Il y a toujours un moment assez inconfortable où tout est nul est à chier : le nom des personnages, les divagations, l’enchainement des événements, l’ambiance, les lieux, les descriptions. Et puis, cette écriture, on en parle ? Cette période est (heureusement) entrecoupée de minuscules moments où tu te trouves absolument formidable. Des fulgurances.

5) Viennent ensuite les phases de lecture par d’autres que toi. Moment où tu hibernes (mais cela peut aussi se passer en été). Où tu trouves le temps beaucoup trop long. Si tu n’as aucune réponse au bout de 24 heures, c’est parce que tes bêta-lecteurs n’aiment pas, n’osent pas te le dire, n’ont pas réussi à le lire (cette écriture, on en parle?)

6) Puis, la phase où les retours de lectures te font à nouveau osciller entre « je suis formidable » et «sont-ils réellement objectifs ? » Ta mère les a t-elle payés pour te dire tout ce qu’ils t’écrivent ? Ou bien est-ce ChériChéri qui les a menacés ?

7) Tu fais ensuite les corrections que leurs retours ont évoqué. Et un petit bonhomme qui prend son café chaque matin  avec toi depuis 36 ans, te balance (au bout de ta 172ème correction) : t’as pas peur de trop le dénaturer ?

8) Du coup, tu l’envoies à la correction. Exit les coquilles, les répétitions, les fautes d’orthographe (et surtout ces putains de participe passé). Ton texte s’envole alors en surfant sur les vagues d’internet et bien qu’il soit toujours dans un dossier sur ton bureau d’ordinateur, tu ne peux plus modifier une virgule (sont-elles en nombre suffisant, n’y en a t-il pas trop ?) ajouter un point, décider de rajouter une scène, de virer les trois derniers chapitres ou de rebaptiser les personnages. Tu repousses les velléités de tes doigts qui meurent d’envie d’ouvrir le document. Tu te venges sur la quatrième de couverture et au bout de la quinzième version tu espères que c’est la bonne.

8) Un jour, il part, tu ne peux plus rien pour lui. Si ce n’est modifier le titre (et tu le fais). Alors, tu te traines. Tu te balades. Tu mates des séries. Tu fais des crêpes (ou des pancakes, des gâteaux au chocolat, des banana bread, du pain perdu, de la mousse au chocolat) jusqu’à ce que ton mari te supplie d’arrêter (parce qu’il n’a pas renoncé à mettre un maillot de bains cet été).

9) À cours de séries, tu te dis que tu pourrais commencer cette nouvelle histoire qui squatte ta tête depuis trois ans. Celle dont vous aviez parlé avec les enfants autour d’un coca chaud dans la fournaise de Begur.

Voilà, j’en suis là.  Je vous en dis plus très vite, enfin, j’espère…

Pic by Hannah Grace on Unsplash

 

5 commentaires sur “Phases d’écriture

  1. Oh comme c’est excitant et effrayant en même temps!! Hier j’au Vide un bureau au boulot ( celui de mon ancien métier) et donc j’ai vidé aussi l’ordinateur. Je suis retombée sur mon texte…. j’ai une furieuse envie de m’y remettre.

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