Journal d’un confinement – Jours 0, 1 et 2

Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai commencé sur Instagram le journal de notre confinement. Je n’étais pas certaine de vouloir le mettre ici et puis je me suis dit que c’était une bonne solution pour écrire des « choses ».

Je ne vous mentirai pas en vous disant qu’on le sentait venir. Il y a des signes qui ne trompent pas. Que les écoles ferment par exemple. Que le salon du Livre soit annulé, puis les concerts. Au début j’ai pensé qu’on en faisait beaucoup pour une petite grippette, qu’il fallait raison garder « et puis, c’est quoi cette histoire de priver tous les écrivains et les lecteurs de leur terrain de jeu favori alors que les terrains de foot ou Disneyland n’étaient pas fermés ». J’ai pesté, râlé, eu le moral en berne, dit à qui voulait l’entendre que je n’avais pas de chance, que mon étoile, là-haut dans le ciel, devait faire une sieste. Heureusement, ça ne dure jamais longtemps et j’ai à nouveau regardé le verre à moitié plein qui se présentait à moi.

Jour 0, alors que d’autres faisaient des stocks de pâtes, de riz et de papier toilette, nous sommes allés faire le plein de soleil, d’air marin et regarder l’océan. Nous nous sommes assis sur un banc et avons tourné nos visages vers le soleil. Nous avons mollement bavardé tout en regardant les passants déambuler en discutant. Dans chaque conversation, nous saisissions des mots qui nous étaient inconnus jusqu’à quelques semaines avant. En fin d’après midi, nous sommes allés en ville, mais très vite, un sentiment inquiétant nous a saisi en passant devant « Chai Ramina ». Les gens étaient attablés et faisaient comme si, tout ça, ce n’était pas grave, ils parlaient fort, dansaient presque. « Oui, mais toi, tu es bien allée te promener, a susurré une petite voix dans ma tête ». Nous avons rebroussé chemin. Et si ce n’était pas aussi anodin que ça. Le jour 0 j’ai reçu un texto d’une amie me proposant un ciné ou un restau dans la semaine. Je savais que nous ne pourrions pas, mais n’osais pas le lui dire. Dans l’après midi, sous prétexte que les soignants avaient découvert l’effet des anti-inflammatoires sur la gravité de la maladie, j’ai pensé, un peu vite, qu’on allait s’en sortir. Et j’ai balancé mon nurofen en priant pour que ma migraine soit en vacances pendant les prochaines semaines.

le jour 1, On a pris l’apéro dans le jardin en regardant les boutons de fleurs sortir de leur confinement alors que nous y étions plongés. C’était assez étrange.  J’ai été consternée de voir que les parisiens ou les marseillais n’en faisaient qu’à leur tête, qu’ils allaient au parc, au marché ou bronzer sur les quais du canal Saint Martin. Et puis on m’a dit qu’ici aussi les gens n’étaient pas raisonnables. Ils se comportaient avec le virus comme ils l’avaient fait avec les terroristes. Ils voulaient lui montrer de quel bois ils se chauffaient, et puis « nous on n’a rien » disaient-ils, et moi, en filigrane j’entendais « ça ne touche que les vieux ». Rappelez moi, ça commence à quel âge, la vieillesse ? J’ai pensé que tous ces ne comprenaient rien, qu’ils se foutaient des autres. Dites, j’avais le droit d’inviter mon fils à nous déjeuner ?

Le jour 1, alors que nous ne sommes pas hypocondriaques, notre nouveau meilleur ami a fait son apparition dans le salon. depuis, il passe de mains en mains à une vitesse approchant les 4 fois par heure. Chaque fois il affiche des températures allant de 36.9 à 37.5 et nous fait souffler un instant : c’est le thermomètre. Le jour 1 nous sommes allés voter, avec le sentiment qu’il fallait le faire et nous avons été très contents de ne croiser personne. Soyons clairs, j’aurais préféré ne pas avoir à y aller, mais certains partis politiques ayant refusé de reporter l’élection, il a fallu la maintenir. Le jour 1, je me suis dit que le confinement ressemblait quand même beaucoup à ce qui fait ma vie de tous les jours, j’ai pensé que je devrais tenir.

Le jour 2 je me suis levée comme à l’accoutumée. « Y a des news ? » ai-je demandé à ChériChéri qui s’apprêtait à prendre des décisions qu’il redoutait. Non a t-il répondu. Laconique. J’ai pris mon thé et une tranche de brioche, dehors il faisait doux et le silence nous accompagnait. J’ai allumé la télé sur BFM. Une deuxième amie faisait ainsi son entrée dans mon salon habituellement silencieux le lundi matin.

Le jour 2 nous avons tenté de nous connecter à Ecole directe et nous avons travaillé : les maths (le confinement va être long pour moi), l’histoire géo (le confinement va être long pour Mister T) et l’anglais. Nous avons organisé l’espace de la maison en coworking et si j’aime l’idée que nous soyons là, presque au complet en cette période, j’ai peur de finir divorcée et sans enfant. Le jour 2 j’ai envoyé des messages à mes amies soignants pour les assurer de ma tendresse, j’ai téléphoné aux personnes que j’aime et à des personnes que je sais isolées. Le jour 2 l’idée du confinement total s’est peu à peu infiltré en nous, j’ai fait l’inventaire de mes placards car je m’étais moquée de tous ces gens qui faisaient d’immenses stocks et n’en avais pas fait (sachez qu’aujourd’hui, je le regrette) (mais ayant manqué de PQ plus jeune, j’en ai toujours énormément d’avance).  Le jour 2 je n’ai pas fait grand chose. Je suis sortie dans le jardin et me suis rappelée que j’avais de la chance de l’avoir. On a le droit de sortir dans le jardin, hein?

pic by kelly-sikkema on Unsplash

 

5 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jours 0, 1 et 2

  1. Merci pour le message. Le jour 2 a été pour moi un déchirement : aller bosser en laissant ma fille dans une salle de classe vide , où elle s’est ennuyée toute la journée. Où elle n’ a même pas pu bénéficier d’un peu d’aide, elle qui a déjà tant de retard, alors que sa maman qui pourrait l’aider à progresser est obligée d’aller bosser.
    Et voir hier tous ces abrutis réunis en terrasse alors qu’on était sensé rester chez soi pour protéger les autres, alors que les soignants vont déjà travailler avec 39°C de fièvre et un masque sur le nez , alors que nous nous préparons depuis jeudi à vivre des semaines éprouvantes pour notre santé, notre équilibre et nos familles, ça m’a mis la rage! Bref j’espère que ça va s’organiser au mieux, que les soignants et leurs enfants vont réussir à s’organiser , que ça ne durera pas jusqu’à la saint Glin glin, que la vie pourra vite reprendre un court normal. Y’a encore des imbéciles pour se plaindre d’être privé de libertés sur les réseaux sociaux…..

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  2. Nous avons mis beaucoup de temps à comprendre l’ampleur du danger et les mesures d’urgence nécessaires. Restons disciplinés. Que ceux qui ne connaissent pas la fable de La Fontaine « LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE » profitent de l’occasion pour la lire avec attention.

    Aimé par 1 personne

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