Journal d’un confinement – Jour 4

Le quatrième jour ou celui où je me suis sentie un peu con.

Mon esprit a bien assimilé qu’il était inutile de se lever aux aurores et c’est à 8h35 que j’ai ouvert les yeux après une formidable nuit. À croire que mon amie insomnie n’aime pas le confinement. Et ça, si vous voulez mon avis, c’est une très bonne chose.

Il me semble qu’au cours de la nuit je me suis retrouvée chez ma grand-mère (sans doute avais-je besoin de me retrouver dans un lieu où je me sentais en sécurité) (ou alors la petite fille en moi se souvenait des longues heures d’ennui chez Maminette?) (le seul souci c’est que la maison a été vendue il y a cinq ans et un bout de mon cerveau s’en est parfaitement souvenu) (je me suis enfuie  en laissant une poêle sur le feu) (j’espère que tout n’a pas brulé).

J’ai bien tenté de retarder encore un peu l’heure du lever, mais là encore mon cerveau ne m’en a pas laissé la possibilité. Il m’a dit qu’en tant que mère je devais aller au drive récupérer les courses faites lundi (puisque j’avais pris le parti de me moquer de celles et ceux qui avaient fait des stocks.)

J’ai imprimé la fiche obligatoire de dérogation de sortie. J’ai eu envie de noter 1978 à « date de naissance », mais je ne suis pas assez rebelle pour le faire.  À nouveau je me suis sentie un peu con de cocher la case « déplacements pour effectuer des achats de première nécessité dans les établissements autorisés ». Première nécessité, première nécessité, on n’en était pas là, quand même…. Et puis, le drive Leclerc d’Anglet était-il autorisé ? Au moment de signer la fiche, j’étais à deux doigts de demander à ma mère de le faire. J’avais l’impression d’avoir douze ans et de remplir indument une dispense en sport.

Avant de partir, j’ai enfilé une paire de gants bleus. C’est l’avantage d’avoir les cheveux gris et de les laver avec un shampooing spécial qui enlève toute trace de jaune : j’ai toujours une boite de gants pour ne pas tâcher mes mains. Une fois dans la voiture, je me suis vite sentie un peu con avec mes gants qui tranchaient fortement sur le volant noir. J’ai cherché des yeux d’autres gens gantés, mais ils étaient peu nombreux et quand ils l’étaient, ce n’était pas pour ressembler aux Schtroumpf… Avant de partir, ma grande avait entouré mon cou d’un long foulard que j’ai enlevé : le soleil et le ciel bleu n’étaient pas raccord avec. Au drive j’ai récupéré mes courses auprès de jeunes gens qui ne portaient ni gants (j’avais vraiment l’air con) ni masques. Je les ai un peu plains et leur ai souhaité bon courage. Ils ont répondu hum, hum, genre « t’avise pas de refaire de courses ici avant la semaine prochaine. » (Je crois que c’est aussi ce que m’a dit en substance le facteur venu déposer une commande pour ma grande dans la matinée)

Comme on avait oublié le coca sur la liste du drive, je me suis arrêtée au Lidl du coin et c’est là que je les ai vus : bravant l’interdiction de se regrouper, cinq petits vieux bavardaient tranquillement devant l’entrée. J’ai fait un large détour pour les éviter. Je me suis sentie un peu con, mais dans le soleil, j’ai parfaitement vu leurs postillons s’en donner à coeur joie et je tremblais à l’idée d’en recevoir un, par mégarde, en plein visage (frissons inside). Ce serait con d’attraper le coronavirus à cause de personnes âgées que je suis sensée protéger moi-même.

J’ai acheté du coca et du PQ (on sait jamais, des fois qu’on aurait la diarrhée) (il y en avait plein, j’allais pas refaire mon truc de ne pas en acheter au prétexte que je ne voulais pas être taxée de folle). Et un bouquet de roses jaunes. Elles ne serviront à rien en cas de coronavirus, mais c’est joli et en ce moment, le joli, c’est très important.

Et j’ai remis mon écharpe devant mon visage avant de me garer dans la cour.

pic by Snezhana Hulak on Unsplash

 

 

5 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 4

  1. Tu as dû sauter un épisode, chez maminette les stocks étaient de rigueur, le sucre, le beurre, le savon , la guerre était toujours dans sa mémoire. Je fais moi même des stocks, la force du souvenir, en moins grande quantité mais là je n’ai plus de lessive, par contre le savon de Marseille de maminette me rend service, il est bien sec 😆😆😆

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  2. Mais pourquoi les gants ? Tu te laves les mains avant de partir, et en rentrant. Et le tour est joué. Porter des gants ne sert à rien sauf si c’est le seul moyen que tu as pour ne pas te sucer ton pouce ou lécher tes doigts avant de les relaver. Tu suces ton pouce?

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    1. Ah! Je vois que tu ne me connais pas tout à fait. je passe mon temps à grignoter mes ongles. je ne les ronge pas, mais impossible de ne pas les porter à ma bouche. Avec des gants, bleux ou pas, ça me permet de ne pas le faire 😉

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