Journal d’un confinement – Jour 8

Aujourd’hui, j’ai mis mes doigts au service des autres. Ma belle-sœur qui est soignante, a fait un texte et m’a demandé de le remanier. Alors voilà, yes man ! Écrire pour les autres, ça c’est fait. J’aurais pu écrire pour la caissière du supermarché qui est toujours là, pour le garagiste réquisitionné pour la sécurité, pour les pompiers, les ambulanciers, les éboueurs, la personne qui range les rouleaux de PQ dans les rayonnages, les personnes qui les fabriquent, les agriculteurs, les routiers et tous ceux que l’on ne voit pas mais qui oeuvrent en silence. Ce serait bien à 20 heures, qu’on les applaudissent aussi. ❤

« Mon hôpital,

Depuis une décennie tu as vu des lits et du matériel partir en fumée, tu as vu des services fermer, des listes d’attente grossir, des personnels se raréfier. On t’a appris les mots « rationnalisation », « économies », « structuration » quand tes leitmotivs étaient « soins », « accompagnement », « service public ». On t’a organisé, réorganisé et ré réorganisé. Tu as vu des collègues à bout de souffle panser des plaies au détriment des leurs, tu les as vu parfois mettre fin à leurs jours, dans l’indifférence et le silence. Sur toi, on a rejeté la faute, pour des patients mal soignés, des soins bâclés ou des fins de vies mal accompagnées, à toi, on a reproché la mort d’êtres chers, qu’elle soit inéluctable ou non.

Pour toi nous avons battu le pavé, nous avons scandé des demandes, nous avons fait grève et refusé d’être des chiffres. Nous avons hurlé que les patients n’étaient pas des clients. Ce que l’on t’a enlevé au prétexte d’économies ou de « sauvetage », ce que nous n’avons jamais obtenu, on va te le redonner aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, tout est différent. Aujourd’hui notre pays et son gouvernement réalisent que, non, le personnel soignant n’était pas fainéant, non, il ne pensait pas qu’à ses RTT, non, il ne faisait pas grève pour son petit confort, non le personnel soignant ne pensait pas qu’à lui : il pensait à vous. Le pays prend conscience que nous ne mentions pas, nous étions simplement des visionnaires et aujourd’hui, ils voient ce que nous voyions déjà : le manque de lits, l’urgence, et le peu de moyens. Si on ne t’avait pas mis en pièces, si on ne t’avait pas enlevé tout ce qui faisait ton unicité et la qualité de tes soins, si on ne t’avait pas abandonné, si on n’avait pas mis à mal tes petites mains, s’il n’y avait eu la pression continuelle et le dépouillement dans lequel tu te trouves, aurais-tu coûté-tu aussi cher que ce que tu vas coûter maintenant ? Toutes les économies faites sur ton dos, valaient-elles vraiment la peine ?

Mon hôpital, aujourd’hui adulé, héros bien malgré lui qu’on applaudit depuis les balcons et les fenêtres, n’oublie pas : demain, on te reprochera ce que tu as coûté pour essayer de sauver un maximum de vies. Mon hôpital, profites-en, car tu retomberas vite dans l’oubli. Demain, à nouveau, on détournera les yeux pour ne pas voir que tu te meurs et quand l’heure des comptes sonnera, c’est toi que l’on accusera. »

pic by Jeshoots-com on unsplash

6 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 8

  1. Un texte on ne peut plus pertinent hélas ! Ce qui pour moi devrait constituer les priorités de la nation, les services publics, est depuis des années analysé en terme de coût et de rendement.
    Souhaitons que cette crise ne soit pas trop vite oubliée…
    Quand au quotidien de ces jours de confinement, il me rappelle furieusement le film  » Un jour sans fin »
    Les jours se suivent et se ressemblent : soleil ( c’est la bonne nouvelle ) repas, travail au jardin, appels des proches auxquels on n’a pas grand chose à raconter et eux non plus.
    Nous ne nous plaignons pas nous sommes à deux dans une maison avec jardin et pensons beaucoup aux urbains souvent si à l’étroit.
    Courage à tous.
    Nadine D

    Aimé par 1 personne

  2. Personnellement je ne suis pas sure que ça change grand chose aux évolutions futures, j’ai même assez peur du contraire. Parce que nous sommes assez c.. pour répondre présents en cas de crise, pourquoi nous donneraient ils plus de moyens pour fonctionner à l’ordinaire? Je pense même qu’on va nous demander des sacrifices énormes parce que cette crise va coûter un fric fou au système de santé et de solidarité du pays et qu’il va bien falloir trouver le fric….je suis désabusée et un peu effrayée de ce que nous réserve l’avenir.

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  3. Beau texte. Je ne pense pas que demain tout cela tombe dans l’oubli, c’est une grosse piqûre de rappel pour nous citoyens (et pour les décideurs) que le service public et spécifiquement la santé ne sont pas un luxe. Les quelques millions économisés sur le dos de l’hôpital coûte aujourd’hui des milliards à l’Etat. Ce virus ne sera malheureusement pas le dernier à se propager en pandémie et mettre des vies en danger alors il sera urgent après tout cela de remette l’hôpital sur ses deux pieds, de redonner aux soignants les moyens de faire face et cela de façon durable et pérenne. Applaudir sur les balcon ne suffira pas

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