Journal d’un confinement – Jour 16

Jour 16, ressenti le double voire le triple. C’est comme une longue suite de jours qui se ressemblent tous, enfin presque…

Ce matin, je suis sortie.  Ça faisait une semaine que j’avais pas mis le nez hors de chez moi, enfin, je veux dire dans la rue. Ça m’a fait un peu bizarre.

8h : Je me réveille. Enfin, sachant qu’Insomnie est venue squatter mon oreiller cette nuit, réveillée est un bien grand mot, simultanément, j’attrape mon ordinateur pour checker l’heure d’ouverture de l’hypermarché : 8h30.

8h05: Je saute dans mon jean, j’enfile un pull.

8h06: Je passe dans la salle de bains, mais j’évite le brossage de dents avec la vague idée de tenir les gens éloignés de moi.

8h15 : Je signe mon autorisation de sortie du territoire et inscris 8h30 (ho ça va ils ne vont pas m’engueuler pour ça…)

8h20 : J’entends les enfants d’à côté qui partent à l’école (leurs deux parents sont des soignants). P* je me suis pas lavé les dents, je peux pas leur dire bonjour comme ça. « Bonjour Nathalie » je m’arrête au milieu de la cour « Bonjour les enfants, passez une bonne journée ». J’agite la main de loin, en même temps en ce moment c’est ce qu’on nous demande donc il ne vont pas trouver ça étrange. « Elle était bizarre Nathalie tu trouves pas maman? »

8h25 : Je pars. Il n’y a personne. Genre vraiment personne. Si c’était un jour normal je trouverais ça super chouette. Mais bon, ce n’est pas un jour normal et du coup c’est un peu flippant.

8h29 : J’arrive au supermarché (d’habitude il me faut plus de temps rapport aux bouchons) et de loin, je vois qu’il n’y a pas encore de queue pour entrer à l’intérieur : j’ai bien fait de venir tôt.

8h31: Je suis garée (super facile pour une fois). Dans le trou devant ma boite de vitesse, je vois la pièce en plastique pour le caddy. J’essaie de l’attraper. Elle m’échappe. À mon tour j’échappe un juron. J’allume la lumière, me lève, repousse mon siège au plus loin. Pas de pièce. Je farfouille ailleurs: pas de pièce. Dans mon sac : pas de pièce. Putain c’est pas vrai!

8h32 : Je vais devoir retourner à la maison chercher une P* de pièce. Des voitures commencent à arriver. Voilà, tout ça pour ça…

8h35 : J’avise non loin un caddy esseulé qui n’a semble t-il pas besoin de pièce. Une voiture se gare à côté de moi. La femme me regarde fixement puis regarde MON caddy. J’envisage de courir. Je cours. Je l’ai.

8h37: Un jeune homme m’accoste. Il me parle très bas, je ne comprends pas grand chose. Il me demande quelques euros, mais je n’en ai pas à lui offrir. Je lui propose de lui ramener quelque chose à manger. Il répond « non, j’ai besoin de dix euros. »

8h39 : Je suis dans la queue. Je suis la dixième personne. Ça va aller vite. Je regarde les vitrines fermées, c’est vraiment bizarre. Les gens se regardent avec un demi sourire entendu. Certains portent des masques, d’autres des gants, d’autres rien du tout. Les gars de la sécurité mangent des croissants, l’ambiance est bon enfant.

8h55 : Ça y est ça avance.

9h00 : Tous les gens que je croise ont leur attestation à la main. J’ai laissé la mienne sur le siège passager dans la voiture…. heu, quand je fais un effort visualiser le siège, il me semble qu’il n’y avait rien dessus. Bon c’est pas grave, je vais bien la retrouver ….

9h10 : Cette histoire d’autorisation que je ne sais pas où j’ai mise me prend la tête.

9h17 : Je croise le jeune homme du parking, il baisse les yeux quand il me voit. Il n’a pas dû oser me demander de lui acheter de la bière. J’en ai pourtant dans mon caddy. Il a peut-être trouvé mon autorisation de sortie…. et alors, il en ferait quoi de ton papier ? Beh je sais pas….

9h25 : Je passe en caisse.

9h27 : Des salariés de l’enseigne prennent un café assis tous ensemble. Ils rigolent. Ça fait chaud au coeur de les voir ainsi. Ils s’apostrophent joyeusement, je passe rapidement sur leur territoire pour ne pas les déranger.

9h 35 : J’ai rempli le coffre et il n’y a aucune trace de mon attestation. Je ne sais pas où elle a disparu. C’est bon, je vais me faire arrêter, je vais payer 135 euros de plus. fais chier quand même, elle est où cette P* d’attestation. Et si j’appelais ChériChéri pour qu’il m’en amène une…. nan je rigole. Je vais reprendre la voiture comme une grande. Mais je tremble.

9h45 : J’arrive à la maison. J’ai rempli ma mission de ravitailler la famille et j’ai bravé l’autorité en roulant sans attestation. C’est sans doute l’aventure la plus incroyable que j’ai vécue depuis quinze jours.

9h52: Je finis de vider la voiture. Je retrouve la pièce en plastique ET l’autorisation de sortie du territoire.

Ah et sinon, on a peint sur les fenêtres de la cuisine….

 

5 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 16

  1. J’y suis allée vendredi faire les courses, à 700m de chez moi et avec l’autorisation, on ne sait jamais, des fois qu’ils seraient assez vicieux pour se cacher dans le fossé, et je n’ai pas fait la queue, au culot, j’ai fait jouer l’âge et ça a marché alors qu’au téléphone on m’avait dit que seuls les soignants y avait droit. Ce que c’est que de vieillir ! !

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