Journal d’un confinement – Jour 18

Ma santé mentale commence à pâtir de la situation. À la maison on évoque le jour où l’on pourra sortir, comme si toutes les portes allaient s’ouvrir d’un coup d’un seul et que nous allions sortir en gambadant comme des enfants à la sortie de l’école pour les grandes vacances. Si je fais un effort de concentration j’entends les cloches sonner à toute volée, une légère brise nous effleure et les oiseaux piaillent dans le grand sapin en face. À dire vrai, je n’avais jamais pensé que sortir de chez moi pouvait revêtir la même intensité que l’idée des grandes vacances quand j’avais dix ans.

Il est plus que certain que nous sortirons par étapes, qu’il n’y aura aucune alarme (j’ai voulu mettre cloche mais ça faisait bizarre), et que les oiseaux se tairont à cause du bruit humain revenu. Sortiront d’abord ceux-là et puis ceux-ci, alors on fantasme de faire partie de ceux-là. Qu’est-ce qui fera la différence ? Une activité professionnelle ? Une bonne santé ? Une région ? Un compte en banque ? On s’inquiète des annonces britanniques qui estiment une reprise de l’activité normale à l’automne. On se demande, enfin surtout moi, aurais-je toujours du travail dans trois mois. Dans six ? Mon activité n’est-elle finalement pas aussi vaine que ma volonté à la faire décoller depuis quatre ans ? Quand vient le soir, c’est pire que tout. Les scénarios que j’invente sont dignes de films catastrophes.

Et puis, il y a ChériChéri et son flegme qui me fascinent. Ce mec est un personnage de roman à lui tout seul. D’ordinaire (je veux dire pendant la vie normale hors confinement) il est stressé et stressant. Mais là, il est d’un calme olympien. Il répond  à ses 70 salariés sans jamais s’agacer, il devient écrivain de science fiction en préparant l’avenir, il se fait avocat auprès des instances bancaires et psychologue à plein temps auprès de son épouse. Et, selon un accord tacite entre nous, il ne fume pas. Trois semaines donc qu’il n’a pas fumé. Merci d’applaudir l’exploit comme il se doit. En fait, je sais qu’il fume et tant qu’il est tout seul, il peut bien faire ce qu’il veut, mais avec moi, il ne peut pas, c’est comme ça, et il ne va pas à l’encontre de notre accord. Malgré l’absence de cigarettes et toute la bouffe qu’on prépare, il a trouvé le moyen de mincir. Oui, heureusement que c’est mon mec, si ça avait été celui d’une autre je lui aurais volé.

Mister T a commencé lundi la leçon sur la proportionnalité et l’actualité nous a donné un excellent sujet d’exercice (bien mieux que ceux de sa prof parce qu’en prise directe avec la réalité) : sachant qu’un pays tel que la France peuplé de 67 millions d’individus compte, au jour de l’exercice, 3000 morts, quel est le nombre réel des morts en Chine pour un nombre d’habitants de 1,3 milliards? Vas-y mon coeur! Il a réussi, il y en aurait près de 60 000 (59890 et quelques).

Le soir je m’isole dans la chambre. Et je prie pour que ChériChéri ne me rejoigne pas trop tôt. Parce que, si le confinement est mon quotidien, je n’ai jamais été confinée avec autant de gens autour de moi. Et même si je les aime énormément, même s’il n’y a jamais d’agacement, de heurts ou de cris, je bénis la solitude et le silence de ma chambre. « Chéri, tu montes ? » (faudrait pas que quelqu’un me le pique ….ou qu’il aille fumer en cachette. )

Allez, des bises et à demain ❤

Pic by Olga Serjantu on Unsplash

 

8 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 18

  1. Je me suis collée un nicopatch , soigneusement rangé dans l’armoire depuis quelques mois en attendant que ce soit le moment- et c’est le moment!- ce matin!
    C’ Est drôle comment certaines choses résonnent au même moment.
    Moins drôle: si je suis assez sereine le jour , Moi la panique c’est la nuit , je fais des cauchemars atroces. Cette nuit j’ai rêvé que j’écrivais mes dernières volontés en suffocant avant mon transfert en réa…. je crois que je vais les écrire avant, comme ça au moins j’oublierai rien!

    Aimé par 2 personnes

  2. Moi j’ai déjà préparé un petit tri dimanche pour mes petites filles après un gros flip, cauchemars toutes les nuits , perte de motivation, déprime …
    Ça me fait réfléchir à la condition des détenus en général , comment gèrent ils leur privation de liberté pour des années, 30 ans pour certains ? De quoi devenir fou

    Aimé par 1 personne

  3. Ben moi j’ai bien faillit m’acheter des cigarettes l’autre jour, puis après réflexion je me suis dit que ce serait bête quand même d’avoir tenu 15 ans …
    Dimanche je me suis accordé une journée de déprime, j’ai officialisé auprès de mon co-confiné, puis lui il a déprimé lundi, alors on est tombé d’accord pour déprimer le même jour…
    Je trouve la situation très difficile, plus difficile pour moi que la fois où mon medecin m’avait annoncé que mon pronostic vital était engagé (tout va bien de ce côté aujourd’hui), alors de cette expérience je sortirai changée, encore une fois..
    À demain,
    Prenez soins de vous

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.