Journal d’un confinement – Jour 20

Si je continue religieusement à mettre le numéro des jours à chacun de mes posts, c’est avant tout pour avoir un cadre plus net dans leur succession. Savoir que nous en sommes au vingtième dimanche, ça me fait du bien. Parce que, le reste du temps, je cherche dans ma vie des signes que rien ne change.

1) Le facteur est passé. Dans notre quartier il ne passe plus que le jeudi, alors on l’attendait avec impatience. À 12h56, ChériChéri est allé chercher le courrier, tout seul, tout au bout de la cour. Ça lui a pris une éternité, j’ai presque regretter de ne pas l’avoir accompagné, j’ai eu peur qu’il se perde. Bref, il est revenu avec trois enveloppes. Maigre butin pour une semaine, mais j’étais super heureuse : le monde ne s’était pas totalement arrêté ! J’en aurais presque sauté au cou de ChériChéri (il se dit que je lui ai sauté au cou). La première enveloppe était adressée à une inconnue qui n’habite pas dans notre rue mais dont l’adresse comporte le même numéro le 24, à l’autre bout de la ville. La deuxième avait été déposée par une amie médecin et contenait les derniers examens de Mister T. La dernière était l’avis d’échéance de l’assurance.Vivement jeudi prochain.

2) En quatre ans que nous habitons ici, Mister T n’a jamais été invité par les voisins qui ont un petit fils du même âge qui vit chez eux avec son père. Hier ils ont invité le nouveau voisin, arrivé il y a deux mois. Un petit garçon tout blond. Je ne sais pas si j’aime vraiment cette normalité-là.

3) Ce matin j’ai été réveillée par une jolie normalité. Le soleil se levait entre les palmes du palmier d’en face. Le ciel était joliment rouge rosé. De cette couleur propre aux matins de printemps qui annoncent une belle journée. Il était tôt, en tout cas plus que tous les autres dimanches de la semaine quand je les ai entendus. Ils arrivaient du bas de la rue. Je les ai laissés s’approcher jusqu’à voir la lumière jaune tournoyer entre les façades. Alors, je me suis levée pour les regarder passer : les éboueurs. Le conducteur du camion m’a vue, amusé il m’a fait un geste de la main et bien qu’échevelée je lui ai répondu sans me cacher derrière les rideaux.

4) Depuis mon dernier article sur les poils j’ai suivi vos conseils. Vous m’aviez dit qu’en les épilant ils se raréfiaient, ils devenaient plus fins voire, invisibles alors j’avais planifié une nouvelle routine poilesque. Ma semaine chez Maurice avait été le déclencheur et depuis, je prenais rendez-vous d’un mois sur l’autre. Je n’avais pas encore réellement vu le résultat, mais je comptais bien arriver à l’été avec des jambes plus douces plus longtemps. En mars le rendez-vous était prévu le 17. Un mardi. Le premier du confinement. J’ai donc repris mon rasoir. La normalité est rapidement revenue sur mes jambes.

5) Notre routine est maintenant bien établie et elle n’a qu’une seule fonction : effacer l’incertitude. Comme les enfants ont besoin d’un cadre pour grandir nous en avons besoin nous aussi, pour retrouver ce qui nous manque, ce qui est éteint quelque part. Alors j’épluche des pommes, je les découpe en morceaux que je fais rissoler à la poêle avec du beurre et de la vanille, je plonge mes mains dans la farine additionnée de sucre, de beurre et de poudre d’amandes. La normalité tient en peu de choses. Une bonne odeur qui sort du four par exemple.

6) Et puis, j’essaie de retrouver ma poésie. Je cherche à quel endroit elle s’est égarée. Entre deux mots ? Le et confinement peut-être ? Ou dehors sous le ciel bleu arrogant qui nous sourit ? À l’intérieur entre les coussins du canapé ou roulée en boule sous la table basse ? Mais je ne la retrouve pas. Elle a déserté. Elle a pris ses cliques et ses claques. Au fond, je suis bien contente parce que je ne voudrais pas qu’elle soit associée au suspend et à l’inquiétude. Je voudrais qu’elle puisse aussi s’épanouir dans la joie et le bonheur. Je me sens anesthésiée. Oui c’est le bon terme. Anesthésiée de la joie comme de la tristesse. Comme si dans cette normalité il y avait une part de moi qui se protégeait et protégeait les autres d’un éventuel trop dont personne ne saurait quoi faire.

Pic by Markus Spiske on Unsplash

 

 

 

5 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 20

  1. Hier après une grosse journée de télétravail, (j’ai d’ailleurs fait remarqué à mon Namoureux de patron qu’il faudrait qu’il m’applaudisse à 20h) nous nous sommes assis dans la canapé et nous sommes demandé quel jour nous étions au juste … c’est difficile de suivre le fil… nous sommes dimanche depuis trois semaines maintenant, alors on a but l’apéro comme tous les WE puis on a rebaptisé tous les jours de la semaine, lundanche, mardanche, mercredanche, jeudanche, et vendredanche, ce soir c’est le we.
    bises

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  2. je me retrouve tellement dans cette anesthésie, sans joie ni déprime, sans envie et sans motif, si ce n’est l’espoir .. l’espoir qu’elle sorte de cette nuit artificielle, l’espoir que ces horribles machins qui lui obstruent les poumons finissent par s’en aller, quand ils auront compris qu’elle est forte et qu’elle n’a pas l’intention de lâcher, l’espoir d’entendre à nouveau le son de sa voix, l’espoir de contempler encore son sourire, ses haussements de sourcils, et sa douceur …
    Bon week-end !

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  3. En tout cas tu n’as pas perdu ton talent d’écriture ! Chez nous cela se passe tranquillement…. les lundimanches ressemblent aux mardimanches et ainsi de suite… les enfants me manquent !

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