Journal d’un confinement – Jour 21

C’était quand, pour vous, le moment où la grippette s’est métamorphosée en virus de merde qui fout la trouille ? C’était quand que vous avez saisi la gravité du truc ? Que vous avez laissé votre côté parano prendre le dessus ? C’était quand que vous avez commencé à regarder de travers ceux qui se rebellaient. Que vous avez commencé à regarder le soleil d’un mauvais oeil, parce que l’année dernière à la même époque, quand vous pouviez sortir, il pleuvait.

Le dimanche des élections nous étions déjà en quarantaine mais nous sommes allés voter. Peut-être sommes-nous trop sages ou bien la possibilité d’aller voter est-elle un droit que nous n’arrivons pas à bafouer. Puis nous sommes rentrés pour ne plus ressortir. C’était le premier jour de notre quarantaine et nous avions l’intention de nous y tenir. Dans la tête, nous étions déjà confinés.

Le lundi je suis allée faire des courses,  puisque je n’avais pas fait partie de ceux s’y étant pris plus tôt dans la semaine. Il s’agissait des dernières avant la fermeture complète nous assurait-on, mais les rayonnages étaient déjà vides. Farine, conserves, pâtes, riz, il n’y avait plus grand chose. Confinement a t-on répété aux informations. #restezàlamaison ou #restezchezvous ont commencé à fleurir sur les écrans. J’ai regardé, ahurie, les gens se rebeller (contre quoi, contre qui ?) et sortir au prétexte de leur liberté. Confinez leur répéta t-on !

Combien de temps ? Quand les gens disaient quinze jours je pariais jusqu’au 30 avril. Aujourd’hui ils parlent du 5 mai, voire de mi juin et hier soir, entendu au journal jusqu’à juillet. Je ne peux y croire, ni m’y résoudre. Regarder le printemps éclore sans pouvoir en profiter ? Ne pas se retrouver ici ou là pour regarder le ciel en sirotant un verre ? Ne pas sentir sur les jambes les premières morsures du soleil ? Ne pas flâner sur une plage ni s’étendre sur une serviette colorée ?

Je regarde le vide des journées que nous tentons de remplir de vent. À quoi cela sert-il de continuer à travailler si tout ce que l’on fait aujourd’hui n’aura aucune valeur demain ? Si les bonnes notes avec lesquelles on se rassure n’auront aucun poids ? S’il y a tellement de gamins « perdus » par l’EN qu’il faudra tout reprendre l’année prochaine ? Au confinement se rajoute le désintérêt.

Je suis obsédée par l’après. Comment se déroulera -t-il ? Est-ce qu’on aura encore le droit de voyager ? Est ce que faire la bise deviendra suspect ? Est-ce que nos priorités auront encore le droit d’exister ? Qui sortira en premier ? Ceux qui se sont bien confinés ou les autres ? Les jeunes ou les vieux ? Ceux qui ont du travail ou ceux qui n’en ont pas ? Les régions très touchées ou celles qui ont été épargnées ? Ceux du groupe sanguin 0 qui attraperaient moins le virus que les autres ?

Le projet de mon prochain livre flotte. Il n’attend plus que moi. Ou la fin de la pandémie? Du confinement ? Le retour à la normalité ? Il flotte comme celui de Guillaume Musso ou Virginie Grimaldi. Si eux ont besoin de la fin de cet épisode étrange, que dire du mien ?

Mais, rien ne presse vraiment. Plus rien n’a d’importance. Tout n’est qu’incertitude urgente.

Pic by Brian Mcgowan on Unsplash

7 commentaires sur “Journal d’un confinement – Jour 21

  1. J’ai commencé à dire à mon Namoureux « c’est inquiétant ce truc quand même non ? » quand la Chine a décidé de confiner une ville comme Wuhan et ses 11 millions d’habitants, puis début Mars les manifestations de plus de 3000 personnes ont été interdites en France, y a un truc qui m’a mis la puce à l’oreille : mon concert était reporté mais les places étaient remboursables car ils invoquaient le « cas de force majeure » ….
    Là j’ai tout mis sur la table de mes pensées et j’ai trié, essayé de comprendre, j’ai fait appel à mes expériences « d’immunodépressive », mes cours d’immuno, mon expérience de recherche, mon passage par le monde d’organisation de spectacle (les assureurs n’y sont pas très faciles), dans la foulée l’Italie s’est confinée, nous avons bcp débattu à la maison et sommes tombés d’accord pour dire qu’on n’allait pas tardé à être dans la M*… et tout a été confirmé quand les écoles ont fermé.

    Je croyais déjà pas à un déconfinement au 15 avril, comme je ne crois pas au 25 avril, comme je ne pense pas que les enfants retournent à l’école d’ici septembre, nous ne voyagerons pas librement cet été pour ceux qui pourront prendre des vacances, parce que d’autres recommencerons à peine à bosser…
    C’est difficile de mettre sa vie entre parenthèse, d’autant que la parenthèse de fin n’est pas vraiment distincte.
    Le retour à la normalité est pour quand ? pour jamais, qu’est ce qui peut être normal après tout ce que nous aurons vécu ?

    Le bac philo va être corsé en 2021 … 😉

    Take care.

    Aimé par 1 personne

  2. Peut-être que c’est l’incertitude le plus difficile. Et de voir que de nouveaux drames se jouent au fil des jours.
    L’ennemi est invisible, c’est dur de savoir quand, comment on le neutralisera.

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  3. Plus le temps passe et plus je suis mal , moins je supporte ces entraves à notre liberté .Je suis super réglo avec les règles imposées par notre gouvernement : du télétravail , 1h de balade dans mon quartier seule , et les courses une X par semaine à la course car je flippe dés que je me retrouve dans une grande surface .Mon amoureux confine seul à 50 km de ma fille et de moi ..On paye là notre choix de mode de vie ! On compense avec coups de fil , visio , mails ..ca devient de plus en plus douloureux ! Tout ce temps qui passe qu on ne rattrapera pas , tous ces projets qu on annule les uns aprés les autres ..il y a des situations bien pire que les notres donc on relativise et on patiente .Prenez soin de vous .

    Aimé par 1 personne

  4. Je prends le temps de poser la ce que j’ai lu et entendu ( sur France Info) ces derniers temps :
    Le modèle de simulation épidémiologique le plus robuste serait celui d’un deconfinememt par région, les plus touchées d’abord parce que plus immunisées , et surtout en demandant aux plus fragiles ( >65 ans , personnes avec des pathologies chroniques ) de rester 2 à 3 mois de plus, le temps que la couverture immunologique dans la population dite sans risque soit la plus solide ( => ce qui veut dire qu’il y aura quand même encore des gens non à risques qui seraient nécessairement hospitalisés….. puisque contaminés).

    L’autre solution serait de changer radicalement le discours actuel sur le port du masque ( et là je les attends parce qu’on est pas loin du scandale d’état cf l’enquête de médiapart) : en se basant sur les pays où le port du masque est généralisé , et où donc les personnes atteintes ne postillonnent pas partout leurs miasmes , et où l’extension de la maladie est bien moindre ( Japon, Hong Kong) alors que la densité de population est plus importante que chez nous, on pourrait s’attendre à ce qu’ils nous dé confinent à condition de rendre l’usage du port du masque obligatoire pour les sorties en extérieur et les rassemblements tant que le virus circule.
    Mais pour ça, il faudrait que l’état reconnaisse ses erreurs initiales: l’abandon des stocks de masques stratégiques, la communication à l’envers sur l’inutilité du port du masque pour protéger les autres ( merci Sybeth et Olivier Véran), leur incompétence à réagir à temps pour s’en procurer ‘( le Kazakhstan a réussi à obtenir 75 millions de FFP2 quand nous avons obtenu 1 millions alors que nos besoins étaient estimés à 172 millions pour les soignants….). Autant dire que je ne suis pas sure qu’ils aient le courage de changer de message…. ça serait reconnaître leur incompétence, la mise en danger des milliers de soignants et peut-être aussi une mise en confinement de l’économie françaises qui aurait pu être évitée!

    Mais nous ça y est , à la maison, on a un stock de bandes de tissus à faire tenir avec des élastiques. On est prêt!!!

    Aimé par 1 personne

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