Journal d’un confinement – Jour 30

Allez, une nouvelle petite histoire pour un jour de plus de confinement et une nouvelle semaine qui commence.

J’avais décidé de rentrer. J’avais envisagé toutes les solutions. Prendre le train, le bus ou l’avion n’était plus guère possible. Prendre un blabla car ? Faire du stop ?

Quand je suis montée dans la voiture, j’ai pensé que le voyage allait être long. À l’avant, le conducteur et son épouse serraient leur mâchoire et leur regard concentrés fixaient l’avant du véhicule pour ne surtout pas se croiser. C’était un couple cabossé par la vie. Vous allez vous demander de quoi je me mêle. De rien. Je vous assure. C’est juste que je ressent ce genre de choses. Peut-être parce que j’ai vécu la même histoire d’un couple qui se délite dans le quotidien et le compromis, les deux seules choses qui permettent à deux personnes différentes mais qui s’aiment de vivre ensemble.

À l’arrière, un ado m’a sourit de toutes ses dents métalliques, la tête serrée dans un casque audio dernier cri. La première idée qui m’est venue à l’esprit en installant mes jambes derrière le siège passager, c’est que la voiture était en mauvais état. Un peu comme le couple finalement. La carrosserie étaient parsemée de nombreuses marques de coups : un caddie, la porte d’une autre voiture stationnée trop près sur un parking, l’angle du garage, le guidon d’un vélo, à l’intérieur,  la poussière sur le tableau de bord, les marques de doigts sur l’auto-radio, le pommeau du levier de vitesse disparu et les emballages vides de junk food qui gisaient à nos pieds terminaient le tableau. Ça m’a rendu triste, mais je n’avais plus le choix que d’accepter. Ils attendirent sans un mot que je me décide à claquer la portière.

L’auto s’était remise en route dans un soubresaut. La femme a poussé un soupir de satisfaction, comme si le fait que la voiture reparte lui donnait l’espoir que son couple le pouvait aussi. L’engin a pris sa place dans la longue file de toutes celles qui venaient de charger à leur bord un passager inconnu. La malchance qui me poursuivait depuis quelque temps était d’une fidélité implacable. Je n’avais vraiment pas besoin de ça : un couple en pleine crise existentielle. Je laissais filer le paysage à ma fenêtre. S’ils avaient souhaité quelqu’un à qui parler pour les divertir de leurs problèmes, ils allaient découvrir sous peu que je n’aime pas ça. Je bafouille et m’emmêle, ne sachant faire le tri entre ce que l’on doit dire et ce qui est bon à jeter. À part la météo qui me permet de longues diatribes sans avoir l’impression de pénétrer sur un terrain miné, je ne sais jamais quel sujet aborder : la santé, la politique, l’argent, le sexe ?

Je les observe. Leurs corps sont raides. Aussi inconfortables que s’ils étaient suspendus par vingt mètres de haut. Depuis quand ne se sont-ils pas touchés ? Depuis quand dansent-ils chacun de leur côté ?

Pic by Igor Stepanov on Unsplash

 

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