Journal d’un confinement – jour 31

Je vous suis très reconnaissante de ne pas avoir mentionné que nous étions passé de 27 à 30 comme ça, d’un claquement de doigts. En même temps, je ne suis pas certaine que d’autres personnes que moi continuent à compter les jours. Peut-être est-il temps de compter en mois ? Ça fait certainement moins peur.

Dans toute cette histoire, il y a quelque chose qui m’inquiète. Là où tout le monde (moi y compris en vrai) se demande jusqu’à quand le confinement va durer, moi je m’inquiète parce que jour, tout ça va se terminer. Certes, on sera bien contents de ne plus avoir à compter les morts, les admis en réanimation ou les décès dans les EHPAD, pourtant un jour il faudra sortir.

Et remettre des chaussures. Je ne suis pas sûre d’y arriver parce que je trouve que mes pieds ont pris la forme de mon cadeau de noël : des feutres. Enfin, des feutres, des charentaises. Quand je les avais commandées, une arrière pensée s’était infiltrée en moi : « est-ce bien utile de demander des chaussons alors que tu marches pieds nus la plupart du temps ? » Mais comprenez-moi bien, ils étaient vraiment jolis quand je les ai vus dans la vitrine du magasin. Et puis, ils étaient parfaitement assortis à mes cheveux et semblaient confortables. Au bout de trois mois je peux vous certifier que confortables, ils le sont.

Donc un jour, il faudra sortir. Et porter un masque fait par mes soins et ça, je vous assure que ce n’est pas le plus simple. Vais-je utiliser celui fabriqué avec un mouchoir de mon père ou celui découpé dans un ancien soutien-gorge ? ChériChéri jure qu’il ne mettra pas le noir en dentelle, c’est dommage, il lui va super bien.

Un jour, il faudra sortir. Et ne pas changer de trottoir quand il nous arrivera de croiser quelqu’un d’autre. Et ne pas se demander pour quelle raison il sort. Lui. Parce que bien entendu moi, j’aurais toutes les raisons de le faire.

Un jour, il faudra sortir. S’asseoir autour d’une table dans un café et ne pas mesurer mentalement le nombre de centimètres qui nous séparent les uns des autres.

Un jour, il faudra sortir. On se serrera la main, mais pas sûr qu’on s’embrasse. D’ailleurs, hier soir je regardais un film où deux personnes se font la bise de façon tout à fait conventionnelle et l’espace d’un instant, oh pas très longtemps mais suffisamment pour que ça m’interpelle, j’ai pensé « Ils ne devraient pas se rapprocher autant… » La sidération a laissé place à la normalité.

Un jour il faudra sortir. Sans gants. On pourra remettre nos cheveux en place, se gratter le nez ou s’arracher les petites peaux autour des ongles sans arrière pensée. Et on oubliera même de se laver les mains en rentrant.

Un jour il faudra sortir. Renoncer aux moments doux que l’on a su créer dedans, réinventer la vie dehors et quitter les meilleurs collègues de travail que je n’ai jamais eu.

Cet article a été écrit le 13 avril à 19h41, c’est-à-dire avant l’allocution de qui vous savez.

pic by Eugenivy Reserv on Unsplash

6 commentaires sur “Journal d’un confinement – jour 31

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