Journal d’un déconfinement- Je vous laisse compter

Vous qui me connaissez, vous le savez. Quand je ne viens pas ici, c’est que mes doigts trainent ailleurs, remplissent des pages d’une autre histoire. C’est étrangement ce qui m’est arrivé pendant les trois semaines dernières alors que je n’en attendais rien et certainement pas d’écrire Roman 5. Alors aujourd’hui, pour me faire pardonner, je pose ici, une petite histoire. (Et si vous voulez participer au cadavre exquis du samedi, ça se passe sur IG) 🙂

Hubert m’a saluée quand je suis entrée. J’ai demandé un thé vert à la menthe avant de m’installer à une table, près de la fenêtre. Il a souri d’un air entendu : c’est toujours ce que je prends quand je viens. J’ai posé mon mac sur la table, puis superposé mon carnet Moleskine noir à la couverture souple et mon téléphone en un quadrilatère parfait. J’ai effleuré des doigts mon clavier qui s’est éclairé. Anne a amené mon thé « sans sucre, je crois » qu’elle a dit. « Sans sucre c’est ça » ai-je répondu en tendant un sourire à ses sourcils froncés. Elle a tenté un regard vers l’écran de mon ordinateur puis est repartie.

J’ai commencé à observer les gens installés. L’air de rien. Tous ces gens qui ne savaient pas que je portais en moi un secret : j’étais en train d’écrire. Ils ne savaient pas, que peut-être, ils allaient apparaitre sous une forme ou une autre quelque part dans un texte.

Dans la salle, il y avait de grands silences ponctués de petits bruits. Une cuillère qui tinte contre les parois d’une tasse, un sachet de sucre que l’on découpe, la machine à café qui démarre et il y avait des gens. Je ne sais pas si c’est pour tout le monde, mais j’aime les bruits du quotidien quand ils n’appartiennent pas au mien. C’est comme si ils me racontaient déjà une histoire. Qu’y avait-il derrière ce sachet de sucre déchiré ? Rien me répondrez-vous. Pourtant il y avait des ongles manucurés, un regard dans le vague, un homme qui regardait sa montre et un calcul précis pour ne faire tomber que les grains nécessaires. Pas un de plus.

À ma droite rêvassait une dame âgée habillée tout en blanc. J’aime bien ça, les vieilles dames assorties à la couleur de leur cheveux. Une ombre à paupière légèrement fumée obscurcissait la partie supérieure de ses yeux et du rouge faisait briller son sourire. Elle lisait le journal avec attention pendant que son café refroidissait. Chaque fois que la porte s’ouvrait, elle jetait un coup d’oeil vers la porte d’entrée, puis se replongeait dans sa lecture. Qui attendait-elle ? Une amie ? Un homme ? Sa fille ?

Plus loin un couple bavardait. Leurs doigts frétillaient à l’idée de se toucher, mais ils n’en étaient pas encore là. Pour l’instant, seuls leurs regards s’attrapaient. L’un basculait l’autre sur un lit aux draps défaits et le deuxième se coulait dans le premier. Un homme est rentré. Seul. Il a embrassé la salle d’un regard et s’est installé sur une banquette qui a crissé sous son poids. Il a étalé devant lui un journal, a passé une main dans ses cheveux grisonnants savamment arrangés. J’aurais pu jurer qu’il avait passé une mauvaise nuit et quelqu’un que je connaissais dans une autre vie aurait dit de lui qu’il avait les yeux en couille de mouche. Il a pris un café et demandé « Hubert, tu me prépares un thé et des tartines grillées… »

Pic by Sefora Castaldo on Unsplash

2 commentaires sur “Journal d’un déconfinement- Je vous laisse compter

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.