Making of : le titre « Les Mèreveilleuses »

J’ai eu de nombreux retours quant au choix du titre de mon prochain roman : Les Mèreveilleuses. Beaucoup m’ont félicitée, d’autres ont demandé, inquiets, si c’était normal, la faute.

J’accorde une grande importance à ce choix et pour Semer des Graminées, cela m’a permis qu’il soit cité dans un article dans un magazine pour professionnels. Alors, à nouveau, je ne devais pas me tromper parce que mon syndrome du bon élève n’est jamais très loin de moi  …

Mais surtout, parce que quand le nom d’un auteur est inconnu, le titre est ce qui donne l’impulsion au lecteur de plonger entre ses pages. Le titre est une promesse que fait le livre, c’est pour cela qu’il est important de  choisir quelque chose qui lui colle à la peau (enfin, aux pages).

Imagine : mon livre est rangé au milieu de plein d’autres, sur une étagère de librairie. Toi « tu t’ baladais sur l’avenue, le coeur ouvert à l’inconnu, t’avais envie de dire bonjour à n’importe qui. » Du coup t’es entré dans la librairie (même si elle n’est pas sur les Champs Elysées,) et t’as dit « Bonjour Jean-Marie ». Oui, le libraire, il s’appelle Jean-Marie, j’ai quand même le droit de dire ce que je veux non ? Tu t’approches de l’étagère et là, on est d’accord, tu ne vois que des tranches de livres et sur les tranches, les titres.

Le plus souvent la typo ne les différencie pas les uns des autres, ni la couleur  de la police d’ailleurs. Chaque tranche de livre appartient à des codes. Exemple : la tranche est violette ou orangée avec des effets de nuage ( fantasy), elle est jaune poussin, vert d’eau ou rose ? (feel good), elle est blanche (littérature contemporaine), bref tu as compris.  Tes yeux balayent les titres, passent de l’un à l’autre. Certains font plus envie que d’autres, il faut bien en convenir. Ça tient aux images qu’ils fabriquent dans ta tête, aux souvenirs qu’ils réveillent, aux promesses qu’ils font aux lecteurs.

Mais avec les titres, ce n’est pas simple, parce que :

  • Il y a les déjà pris : ceux-là, c’est mort, impossible de les prendre, genre « ah je ne savais pas qu’il existait déjà un livre qui s’appelait comme ça… ». PQLV par exemple aurait très bien pu s’appeler « L’écrivain de la famille » ou « Le premier jour du reste de ta vie » ou « Toute première fois », mais ils étaient déjà pris…
  • Il y a les moralistes : ceux qui en font des caisses, ceux qui t’enjoignent à faire ceci ou faire cela dès la couverture. « Vis ta vie » pour Semer des Graminées était peut-être mal venu…
  • Il y a les prout-prout, celui que tu sais que c’est mort, tu ne le liras pas genre  « L’aile des vierges » (Ok ça n’allait avec aucun de mes romans) (alors que tu aimes les romans de cette auteure- Laurence Peyrin) parce que l’image véhiculée ne te touchent pas et ça ne tient à rien. Il faudrait pouvoir faire abstraction du titre, mais comme c’est difficile, tu ne l’as toujours pas lu. (l’inverse est vrai aussi, tu as parfois acheté des livres à cause du titre, mais l’intérieur n’était pas à la hauteur de tes espérances)
  • Les sortis tout droit du roman : et qui, mis hors contexte sont tout à fait différents. Poétiques. Par exemple pour « Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin, le titre était coincé au beau milieu d’un passage dont on aurait allègrement pu se passer.
  • Ceux qui viennent d’ailleurs, tirés du titre d’une chanson par exemple (tous les romans de Michel Bussy), qui viennent d’un poème ou d’une maxime (les Virginie Grimaldi), ou d’une citation d’auteur célèbre (Parce que la vie ne suffit pas). Pourquoi les choisir ? Parce qu’on ne reconnait que ce que l’on connait déjà et la moitié du chemin est ainsi faite.
  • Ceux qui faudrait pas qu’on croit que c’est une romance, parce que notre cerveau va direct associer le titre à l’amour : « La fille de la plage » ou « la stagiaire » ou « De battre mon cœur s’est arrêté » (ah bon, c’est pas une romance ?)
  • Ou du feel-good : Parce que ce serait mentir à tes lecteurs, et ça c’est pas bien du tout.
  • Celui qui veut faire joli : bon, là, aucun titre ne me vient à l’idée, mais je suis sûre que ça existe.

Je t’ai déjà parlé de la promesse ? Oui, le titre est une promesse faite au lecteur : ce livre va changer ta vie, ce livre est un message, il a quelque chose à te dire à toi (oui, à toi), il va répondre à tes questions, il va te permettre de t’évader, de rêver, de comprendre, de partager.

Le titre, c’est déjà un monde que l’auteur te donne à voir et toi, lecteur, tu dois te l’approprier pour en comprendre le choix, la métaphore et sa poésie.

J’adore les titres tout droit sortis du roman et quand, au fil de la lecture, je les croise dans le texte, je m’arrête. Je tourne et retourne le mot ou les mots qui forment le titre. Ils entament une danse dans ma tête. Je me questionne : qui l’a choisi ? L’auteur, la maison d’édition, le facteur ? Était-il une évidence ? Un pis-aller ? Un « c’est mieux que rien ». A t-il été choisi au pif au mètre, sur un coup de dé ou à la courte paille ?

Encore une fois, je le voulais un brin magique. Qu’il pétille, qu’il fasse des zing, bam boum dans les coeurs. Qu’il soit un message subliminal à certaines d’entre nous, d’entre vous, je voulais qu’il vienne de moi, comme le fil de l’araignée, vous vous souvenez ? Qu’il soit audacieux. Inventif. Je voulais qu’il soit un rien énigmatique. Intrigant. Singulier. Et vous qui me suivez, vous connaissez mon goût pour l’invention des mots.

Lors de la lecture, j’ai demandé à mes bêta-lecteurs de m’envoyer leurs idées. Il y a eu des titres poétiques « Voyage en Adoptie » (mais trop restrictif), « Attendre c’est aimer déjà » (mais trop moralisateur) « Quatre ans à t’attendre » (mais c’était presque pris) « Vent fort, Mère agitée » (qui l’était aussi).

Et puis, il est arrivé, de l’autre côté du globe : Les Mèreveilleuses, et il était juste parfait. J’espère qu’il te plait à toi aussi.

Mon quatrième livre « Les Mèreveilleuses » sort le 12 juin 2020. Si tu veux faire partie des fées ou des lutins autour de son berceau, suis le lien et surtout, merci d’être là.

 

6 commentaires sur “Making of : le titre « Les Mèreveilleuses »

  1. Si dans une librairie le libraire se prénomme Jean Marie, alors c’est la bonne (librairie) !!!
    Peut-être que le titre est encore plus difficile à trouver que le livre à écrire.

    J'aime

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