Quinqua power #27

Récemment je discutais via réseaux avec une jeune femme. Quand je dis jeune, c’est parce qu’elle a dix ans de moins que moi, alors du coup, plus jeune, elle l’est, mais vous conviendrez que la jeunesse dépend de l’endroit d’où on la regarde. J’ai été amusée de constater qu’elle avait les mêmes aspirations que moi. Il y a dix ans.

Comme si nous évoluions à peu près de la même façon. Comme si, en partant d’un point A pour aller vers le point B de nos vies, nous passions par les mêmes étapes de cheminement intellectuel et émotionnel.

Avoir trente ans ce n’est pas de tout repos. Ta première préoccupation est d’exister. Exister au travail où tu débutes ta carrière entourée de gens plus vieux que toi qui ont forcément raison et qui ne sont pas prêts à céder leur place, ou en famille parce que tu cherches à t’en affranchir mais que parfois ils ont raison. Tu voudrais exister en amour, pour au moins un mec que tu ne zapperais pas trop vite et qui ne verrait pas toutes les autres. En société tu dois exister à côté de la fille super canon, super rigolote ou très intelligente (les trois pouvant bien entendu sévir dans le même corps) (et là, tu repars te coucher). Depuis une dizaine d’années, il faut exister dans le virtuel aux côtés de celles qui affichent des gosses parfaits et une maison sublime, un mari exceptionnel, un job passionnant et des amis formidables. C’est pas toujours facile.

Vers 40 ans, il me semble que toutes les femmes veulent du temps pour elles. Elles veulent se construire, se connaître, évoluer spirituellement, à nouveau apprendre, voire, entreprendre. C’est pas facile non plus. Certaines ont divorcé, d’autres pas, quelques unes pouponnent quand d’autres collent leurs ados chez les grands-parents, mais elles font du yoga, de la méditation et veulent s’ouvrir aux autres. Elles veulent créer, retrouver une vie saine et faire du sport. Respirer amplement et vivre dans la simplicité, à la campagne, loin de la cohue, rassembler la famille sous les grands arbres dans le jardin. Quand nous avons vendu notre précédente maison à des gens qui avaient dix ans de moins que nous, j’avais été étonnée qu’ils expliquent leur choix de vie de la même façon que nous l’avions fait dix ans avant eux : du calme, de l’espace, faire grandir leurs gosses dans des champs.

Il y a quatre ans, nous étions en voyage au Mexique et l’idée d’avoir cinquante ans ne m’enchantait guère. Une de mes amies qui les avait déjà, m’avait dit de ne pas m’inquiéter, cinquante ans, c’était très bien, surtout parce qu’on savait ce qu’on ne voulait plus. À cet âge là, on était ce qu’on était et que le grand avantage de la cinquantaine c’était qu’on ne se laissait plus emmerder par les autres. Les donneurs de leçons par exemple, les menteurs, les tricheurs, ceux qui crachent sur le monde plutôt que de le changer, ceux qui prétendent que tu n’as pas fait comme il fallait, que ta vie c’est une fuite en avant sans jamais regarder la leur dans les yeux.

J’avais opiné de la tête, lucide : pas sûre qu’un jour ça m’arrive. Pourtant, à 50 ans, un truc change, on recentre ses priorités. Peut-être devient-on égoïste ? On se replie tout en restant en prise avec le monde. On cherche l’essentiel. Et chose incroyable, on ne le trouve plus là où on avait l’habitude de le débusquer deux ans auparavant. L’essentiel n’est plus dans des postures de yoga incroyables, l’essentiel n’est plus dans les livres de développement personnel. Non l’essentiel est ailleurs mais je ne sais pas tout à fait où, peut-être dans le lâcher prise. C’est peut-être ce qui m’étonne le plus dans la quinqua power : cette nouvelle capacité à laisser couler. Mes filles disent que j’ai vieilli, et objectivement je ne peux pas les contredire. Oui, j’ai vieilli. « Avant on n’aurait jamais eu le droit de faire ça » me disent-elles. « Mais comment tu fais pour ne pas t’énerver et rester gentille ? »

Ce sont sans doute les effets collatéraux de la Quinqua Power, et je les laisse faire leur oeuvre, parce que c’est vachement plus reposant…

Pic by miguel-bruna on Unsplash

5 commentaires sur “Quinqua power #27

  1. Je me retrouve complètement dans ta « description » des aspirations de la quarantaine!!
    Chaque âge ses plaisirs et je trouve qu’il y a du bon à avancer en âge, on s’extrait petit à petit de la comparaison pour se rapprocher de soi!
    Profite!

    Aimé par 1 personne

  2. Flûte alors, à 52 ans je me retrouve dans ta description de la quarantaine : yoga, méditation, maison et découverte du jardinage ! À moins que ce confinement ne m’ait permis de gagner 10 ans d’un coup, en m’offrant le temps de me poser et de me demander ce que je veux, moi… Bref, je ne sais plus quel âge j’ai après t’avoir lue.

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  3. Je partage cette parole de Meryl Streep « Je n’ai plus de patience pour certaines choses, non pas parce que suis devenue arrogante, mais tout simplement parce que je suis arrivée à un point dans ma vie où je ne veux pas perdre davantage de temps avec ce qui me blesse ou avec ce qui me déplaît.J’ai perdu la volonté de plaire à celui qui n’aime pas, d’aimer celui qui ne m’aime pas et de sourire à celui qui ne veut pas me sourire. » (…)»
    Elle complète bien ce que tu dis!
    Bises

    Aimé par 1 personne

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