Parce qu’il faut un début

Pendant le confinement, il s’est passé un truc incroyable : j’ai écrit un roman en 21 jours. Comme si le virus s’était invité avec un pote qui se serait appelé « Des papillons sous oxygène ». 21 jours pendant lesquels je quittais ma famille, je montais dans ma chambre, je me mettais dans mon lit et j’écrivais. 21 jours et 207 pages plus tard, il était terminé. Et aujourd’hui, j’ai eu envie de vous mettre les premiers paragraphes. Qu’un homme écrive en se mettant à la place d’une femme ça n’étonne plus personne (certains lecteurs prétendent même qu’ils le font mieux que les femmes) mais qu’une femme écrive en se mettant à celle d’un homme vous en pensez quoi ?

« Ce matin en me réveillant, j’avais une vie. Même les yeux bouffis et les joues striées des plis de mon oreiller, elle me convenait la plupart du temps. Elle n’était ni trop ni pas assez. Ce soir, alors que ma chemise blanche l’est toujours et que ma barbe n’a pas poussé d’un centimètre, je n’en ai plus. Ma vie a explosé en vol. À 12h45. Chez Tonio, l’italien de la rue basse, qui s’appelle en réalité Antoine et qui est né à Tarbes.

Je me suis installé à la table. Rien d’inhabituel, Gloria et moi réservons la même, une fois par semaine depuis cinq ans. À 12h30 le vendredi. J’aime bien que les choses ne changent pas. Ça me rassure. Comme les saisons qui passent et les oiseaux migrateurs qui reviennent. Quand elle m’a rejoint elle a souri. J’ai été surpris. Ça n’arrive plus si souvent. Elle n’a pas la tête à ça qu’elle dit,  elle a fait un geste vague de la main qui lui évite de rentrer dans le vif du sujet, comme si elle ne voulait pas m’importuner avec tout ce qui la prive de joie.

J’ai pris son sourire comme une preuve. Celle que l’assistance respiratoire sous laquelle nous avions placé notre couple commençait à fonctionner. Parce que la phrase adéquate nous concernant depuis quelques mois est : nous avons des problèmes de couple. Après avoir été une union tranquille que nos amis enviaient, nous sommes devenus un couple à haut risque. Nous glissons sans filet sur deux cordes raides parfaitement parallèles tendues entre deux gratte-ciel. Notre couple, il n’a pas besoin de faire un salto arrière pour avoir le cœur qui s’arrête.

Moi, je disais « ça va aller », « c’est un mauvais moment à passer », « on a tous des hauts et des bas ». J’étais plutôt conciliant. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? À aucun moment je n’ai pensé que notre couple était mort. Il était en urgence absolue ? Peut-être. Son pronostic vital était engagé ? Si vous voulez. Son encéphalogramme était plat ? Il était en état de mort cérébrale ? Ok, mais que sait-on de la fin d’un amour ? Comme disait l’autre, on a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux. Il suffit d’attendre que ça passe. Parce que la plupart du temps, ça passe, je le sais, je l’ai déjà vécu. En trente ans de vie commune, vous vous imaginez bien que des passages à vide, on en a déjà eus. Et bien, c’est toujours revenu. Il suffit de mettre les papillons que nous avons tous dans le ventre au début d’une histoire d’amour sous oxygène. « 

Pic by Fleur on Unsplash

8 commentaires sur “Parce qu’il faut un début

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