Mon coeur balance

Récemment, j’ai fait une interview croisée avec Valérie Van Oost pour Marceline Bodier et DéjàLu. Valérie a écrit « Les garçons russes ne pleurent jamais » auto-édité chez Librinova et sorti il y a quelques jours. C’est un livre sur cette douce période qu’est l’adolescence mise en résonance par le fait que Sacha (le héros de seize ans qui écoute du rap à fond les oreilles) a été adopté en Russie. Adoption, voilà le mot de ralliement qui permettait de réaliser cette interview. De nous lier l’une à l’autre. Enfin presque. Parce que quand je revendique clairement qu’il s’agit d’un livre sur l’adoption (c’est écrit sur la quatrième de couv) Valérie ne veut pas que son livre soit réduit à Ça. Trop sujet de niche ? Au début, ça m’a presque peiné. Ainsi, j’avais peut-être eu le tort de clamer haut et fort que mon livre parlait d’adoption, alors les lecteurs ont pensé que ce livre n’était pas pour eux? Je devais avoir honte d’avoir écrit sur l’adoption? Vous me connaissez et vous savez qu’un rien peut me fait basculer dans le doute. Depuis, j’ai appris qu’il ne faut pas mentir aux lecteurs, il faut leur dire de quoi il en retourne au risque qu’ils prennent ton bouquin pour un manuel de tricot. Pour autant, Valérie et moi, nous n’avons pas la même vision de l’adoption et l’ambiance qui règne dans nos livres est radicalement différente.

Au-delà de la question de l’adoption (que nous n’avons pratiquement pas évoqué au cours de l’interview), nous avons abordé le problème de la fiction et la non-fiction. Je ne me cache pas. Ou du moins, je ne me cache plus. Et dans les remerciements de Les Mèreveilleuses je pense que la part de non fiction est on ne peut plus claire. Alors, à l’interview, j’ai dit que je croyais fermement qu’on n’écrit que ce qu’on est, quand Valérie prône l’idée qu’on n’écrit ce qu’on n’est pas. J’écris les pleins, elle écrit les vides. J’écris de la non-fiction et elle de la fiction. Il parait.

La fiction reste pour moi le Graal. Ce qu’il faut écrire. Ce qui fait l’écrivain. « Minute, me dit-on, le roman ne fait pas l’écrivain, il fait le romancier. »

Les mots ne me viennent jamais aussi facilement que quand j’écris de la non-fiction. Comme ce que je fais ici, sur le blog, par exemple et que les idées coulent de mes doigts un samedi matin, pour fabriquer des phrases. Qu’elles racontent la vie qui va. La non-fiction c’est ma maison. Semer des Graminées et Les Mèreveilleuses en sont une magnifique preuve (même si le terme magnifique n’est peut-être pas approprié pour tout le monde)(Aka : les éditeurs). La fiction est ma résidence secondaire. Celle où je m’installe quand je pars en voyage, que je m’allonge au bord de la piscine ou sur une plage. Que je tourne les pages en pensant que c’est bon de se retrouver là, dans l’imaginaire. De temps en temps je m’y frotte, à la fiction et au récit d’invention. C’est le cas pour Parce que la vie ne suffit pas ou pour Les Papillons sous oxygène. Mais je ne suis jamais sûre du résultat. Quelque chose me dit que ça sonne faux. Je relis inlassablement avec en arrière pensée l’idée que non, ça ne fonctionne pas. J’ai des tonnes d’idées pour des romans de fiction. Elles remplissent mes carnets, le bloc-notes de mon téléphone et les post-it scotchés sur le mur de mon bureau. Je voudrais, en écrivant de la fiction réparer le réel, prendre ce que l’on cache et que l’on tait et le montrer, dire oui, regardez, la vie c’est ça aussi, il y a du moche et du pas tout à fait droit. Du bancal. De l’ordinaire que je voudrais arriver à transcender et partager une expérience. La faire devenir universelle.

Un jour peut-être arriverai-je à mon humble niveau à réconcilier fiction et non-fiction. Alors, ce jour-là, je publierai Anatomie d’une histoire d’amour. Parce qu’entre les deux, mon coeur balance.

pic by Andrew Neel on Unsplash

7 commentaires sur “Mon coeur balance

  1. Si c’est la non-fiction qui te convient, continue, c’est un exercice aussi valorisant que d’écrire une fiction, la valeur d’un livre vient surtout de l’écriture et la tienne est tout simplement magnifique.

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  2. Fiction ou non fiction, je ne suis pas une grande spécialiste mais pour l’un comme pour l’autre j’ai aimé tout ce que tu as écrit jusqu’ici.

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  3. Les papillons sous oxygène c’est le futur livre ou j’ai loupé quelque chose ? J’ai beaucoup aimé tes deux derniers livres donc de la non fiction mais après il y a toujours des histoires auxquelles on accroche moins et ce n’est pas forcément lié à l’écriture qui chez toi est talentueuse

    Aimé par 1 personne

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