Lettre ouverte à

Plusieurs fois, j’ai tenté de prendre la plume pour exprimer une pensée qui va à contre-courant de tous, en cette période bizarre. Chaque fois, j’ai renoncé. Soit j’étais trop vindicative, soit trop lâche. Et puis, j’avais peur. Que les gens ne comprennent pas l’idée que je tentais de défendre, qu’ils m’envoient dans mes 22, qu’ils me rejettent et à l’instar des peurs qui nous empêchent d’être nous mêmes, celle de ne pas être aimée me pourrit la vie trop souvent. Et puis, je suis tombée sur cette lettre ouverte de Angeline Monceaux à Roselyne Bachelot. Tout y était dit. Juste, sans pathos, ni larmoiement, sans violence non plus. Pour le coup, je vous laisse la lire et me dire ce que vous en pensez.

« Lettre ouverte à madame Roselyne Bachelot. Je suis un petit auteur auto-édité dont les seuls revenus proviennent d’Amazon, comme beaucoup des milliers de mes collègues auteurs.Vous avez le culot de demander le boycott d’Amazon et de les critiquer alors que vos livres y sont publiés. Vous êtes bien heureuse de vous gaver des redevances d’Amazon. Pourquoi ne pas demander à vos amis des grandes Maisons d’édition de cesser de vendre leurs livres sur Amazon, afin que les libraires puissent avoir l’exclusivité des privilégiés de l’édition comme vous ? Pourquoi ne pas laisser les parias de l’auto-édition comme moi avoir l’exclusivité d’Amazon puisque nous ne sommes pas dignes, comme vous, d’être en librairie ? Pourquoi ne pas non plus vous attaquer aux bibliothèques, aux grandes surfaces ou toutes les grandes chaines concurrentes d’Amazon ?

Amazon est loin d’être parfait, mais ils sont sérieux, ils règlent les droits d’auteur en temps et heure. Vous en savez quelque chose puisqu’ils versent vos redevances à votre Maison d’édition ! Ils créent des emplois. Ils permettent aux petits budgets de lire grâce aux numériques, car beaucoup sont gratuits ou ont des prix abordables. Les livres papier sont imprimés sur demande, ce qui évite d’envoyer au pilon des tonnes de livres et donc un gâchis énorme. Je reconnais que les libraires ont des difficultés, mais il faut arrêter de tout mettre sur le dos d’Amazon. Je suis vraiment déçue de votre comportement, madame Roselyne Bachelot. Nous, auteurs, travaillons beaucoup pour gagner peu ou pratiquement rien et vous essayez de nous supprimer nos revenus à des fins politiques. HONTE à vous, madame Roselyne Bachelot.Vous devriez balayer devant votre porte au sens propre comme figuré avant de dire n’importe quoi pour vous faire de la pub. » Angeline Monceaux

Pensées en vrac suite à la lettre ouverte :

1- Si nous n’avions pas Amazon nous (auteurs autoédités) n’aurions aucune visibilité.

2- Notre lectorat n’irait pas au-delà du cercle de notre famille et de nos amis.

3- Les libraires refusent de prendre nos livres en dépôt vente quand nous leur proposons, alors que ça ne leur coûte rien puisque nous leur laissons gratuitement, par contre le plus souvent ils prennent 30% de commission quand ils en vendent un.

4- Un libraire contacté par une cliente qui souhaitait commander Les Mèreveilleuses a répondu « commandez via Amazon ce sera plus simple pour vous ».

5- Amazon verse les royalties des ventes aux auteurs sans attendre dix-huit mois.

6- Il y a de véritables pépites parmi les auteurs indépendants. La difficulté c’est qu’ils ne connaissent personne dans le milieu, ne sont pas fils de, sont des provinciaux, ont le mauvais sexe ou ont passé l’âge pour lequel mettre sa tête en photo fait vendre.

7- Un libraire qui m’a contactée pour me commander un exemplaire de Les Mèreveilleuses pour une cliente (ça arrive) à qui je proposais d’en envoyer un deuxième exemplaire (gratuitement) pour qu’il se fasse une idée ou qu’il le vende à quelqu’un d’autre, m’a répondu « oh non, inutile avec tout ce qui sort, je ne lis et ne vends jamais d’auto édités… »

8- Et pourtant, au demeurant, j’avais fondé quelques espoirs sur la nomination de cette dame au gouvernement.

9- Il n’y a pas que les libraires qui sont dans la merde. Il y a les coiffeurs, les fleuristes, les pressings, les esthéticiennes, tous ces métiers non essentiels mais dont on aura du mal à se passer quand ils auront disparu.

10- Et puis les auteurs. Indépendants ou non d’ailleurs sans qui ni les maisons d’édition ni Amazon, ni Cultura, FNAC ou autres rayons librairie de centres commerciaux n’existeraient s’ils n’étaient pas là !

11- Moi ce qui m’importe c’est que les gens lisent. Il y a tellement d’autres choses passionnantes à faire (même en étant confinés). Les lecteurs ne gagnent pas de points s’ils le font plutôt sur papier, ni s’ils préfèrent le feel-good ou les policiers. Ils ont le droit de lire ce qu’ils veulent, comme ils veulent et d’acheter où ils le souhaitent.

12- Mais s’ils donnent leur chance aux auteurs auto édités dits indépendants alors, ils auront droit à ma reconnaissance éternelle.

13- À l’heure où je relis mon article, j’apprends que quelques éditeurs (des petits) ont décidé de ne plus distribuer les livres de leurs auteurs via Amazon. Franchement, je ne sais pas si on doit se réjouir, je pense surtout que ça va laisser le champ libre aux cadors de l’édition et laisser les autres dans l’ombre la plus totale. Je ne sais pas si je resterai dans une ME qui prend ce style de décision…

4 commentaires sur “Lettre ouverte à

  1. Beaux coups de gueule avec lesquels on ne peut qu’être d’accord. Il faut soutenir les écrivains (je suis de la vieille école et le masculin l’emporte tjs sur le féminin 😳) mais je supporte aussi les écrivaines , les auteures, bon courage.

    J'aime

  2. Bravo, je suis bien d’accord avec vous (toi et mme Monceaux), moi j’aime bien Amazon ou du moins les services qu’ils me rendent parce qu’il n’y a pas que des bouquins, j’y trouve pas mal de trucs, cela m’évite de faire 40 kms pour trouver ce que je veux (dernièrement des cartouches pour ma petite imprimante bluetooth que j’ai reçu en 48h).
    Ok et ne pensez vous pas que les grandes surfaces tuent également les petits commerces ? Monsieur Leclerc et sa défense de notre pouvoir d’achat ? Mon C* oui, l’épicerie de mon village est moins chère que la plupart des grandes surfaces, et les légumes sur le marché de meilleure qualité.
    Amazon est un faux problème.
    Bises

    J'aime

  3. Merci Nathalie pour cet article très intéressant pour ceux qui ne connaissent rien des rouages de la distribution des livres.
    En ce moment on oppose bêtement le « petit commerçant » qui serait vertueux et à défendre et la grande distribution dans le rôle du grand méchant loup.
    Cette analyse ne donnera rien de bon. Dans nos petites villes de province, Agen pour moi, on trouve difficilement ce que l’on cherche et on a bien besoin de la VPC dans tous les domaines, même si l’on est heureux de trouver encore quelques commerçants indépendants compétents.
    On aimerait en effet de la part de nos gouvernants des prises de position un peu plus nuancées et une exploration des situations plus sérieuses et approfondies.
    Bon courage à tous les auteur (e)s

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.