Les amies de ma mère

Avec cette série de textes c’est une nouvelle aventure qui s’ouvre à moi. Une jeune femme m’a contactée pour en faire un recueil. mais pas n’importe quel recueil car elle est typographe. Vous allez me dire, mais que peut bien vouloir faire une typographe avec de tels textes ? Je me suis posée la même question et la réponse est : vous verrez! Parce que franchement, parti comme c’est parti, ça va valoir le détour… À la fin de son travail, mes textes n’auront plus rien à voir avec ce que je poste ici, c’est pourquoi, les jours où je n’ai pas d’inspiration, je le fais volontiers.

Et toujours, merci à David Thomas pour son atelier de micro fiction.

{Celle qui part}

C’est aujourd’hui. C’est maintenant.

Hier soir, elle ne le savait pas. Hier soir, elle n’était pas prête. Elle marche sans bruit et sans hâte. Elle se faufile d’une pièce à l’autre. Elle reconnaît chaque aspérité dans le sol, chaque lame du parquet. Elle secoue la tête et ses cheveux longs caressent le creux de ses reins. Ils sont libres, tout autant qu’elle maintenant. Ses mains ouvrent et referment des portes de placards, ses doigts fouillent dans des tiroirs. À ses pieds le sac de cuir acheté il y a longtemps en prévision du jour où elle aurait le courage de le remplir. Sans se baisser, elle l’ouvre d’une poussée du pied droit. Elle ne prend que ce qui lui paraît essentiel. Certains diraient des futilités, mais pas elle. Elle connaît le prix que les objets ont imprimé dans son cœur. Un pull en cachemire bienaimé, une chemise ample jamais portée, une vieille ceinture souvent caressée. Elle avait aussi acheté une robe en prévision de ce jour. Suspendue au cintre elle l’attendait. Aujourd’hui, elle semble être le seul vêtement de la penderie, elle n’en voit aucun autre. Elle l’enfile. Elle se retourne face au miroir et passe ses mains bien à plat sur les contours de son corps. Elle voudrait les aplanir. Les lisser. Enlever le superflu. Ses seins et sa taille trouvent leur place dans la robe. Elle esquisse quelques pas de danse, à peine un ou deux dans cette armure qui murmure à chacun de ses mouvements. Dans le grand sac, elle ajoute quelques livres. Ceux qu’elle a annotés en attendant que ce jour arrive. Elle fixe son regard dans le miroir. Elle voudrait découvrir quel a été le déclic entre hier et aujourd’hui, mais ne le trouve pas. Il n’y a que de l’ordinaire et des riens du tout.

Pourtant, ça y est. Elle part.

Pic by Vincent Guth on Unsplash

3 commentaires sur “Les amies de ma mère

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