Mes petites histoires

Quand un de mes livres est en bonne voie d’existence, j’aime bien vous en partager le début. Ça me permet de prendre la température et de tester son effet.

Seriez-vous partants pour me dire ce que vous pensez de ce début-là ?

Titre provisoire : Anatomie d’une histoire d’amour.

Il y a quelque temps, une jeune femme m’a contactée. Elle voulait que j’écrive son histoire. Une histoire d’amour, étrange, incroyable, « de dingue » a t-elle ajouté. Comme le sont toutes les histoires d’amour à leurs débuts, ai-je pensé, cela n’avait rien d’exceptionnel. Pour tout dire, elle m’avait presque agacée en reléguant ma vie à une banalité qui me déplaisait.

 — C’est une histoire qui parle de papillons dans le ventre, d’évidence et de synchronicité a-t-elle soufflé dans mon téléphone avec la ferme intention que je m’y intéresse.

Je ne suis pas certaine de savoir écrire mes propres histoires d’amour alors, celle de quelqu’un d’autre, n’en parlons pas. J’ai donc refusé. Elle est revenue à la charge et m’a proposé de prendre un thé. Au bout de plusieurs tentatives de sa part, j’ai fini par accepter. Peut-être de guerre lasse. Peut-être pour me débarrasser du problème. Je fais souvent ça : je dis oui et ne sais plus comment faire, après, pour m’en sortir. J’ai un problème avec le non.

Nous nous sommes rencontrées dans un café de quartier. J’étais partie de la maison à l’heure du rendez-vous et avais fait de minuscules pas pour arriver à destination, environ cinquante mètres plus loin. C’est pratique d’avoir un café à quelques minutes de chez soi : aller s’asseoir sur leurs banquettes offre un dépaysement certain. J’observe, j’écoute, je regarde le temps passer et je repars en agitant le bras dans un signe de salut. En revanche, ils ne savent rien de mon activité. J’y retrouve parfois des amies, j’y déjeune de temps en temps, j’y vais pour me changer les idées, quand j’ai besoin de respirer, mais jamais je n’y vais pour écrire. Non, ça, je le fais dans le secret de mon bureau, là où personne ne peut me voir. La proximité du Bar des Arènes me permet de ne pas perdre de temps en m’enfonçant dans des rues inconnues ou de passer des seuils de porte sans rien savoir de ce qui se trouve derrière. Je n’aime pas vraiment partir à l’aventure. Quand je pars, tout est toujours planifié et rien n’est laissé au hasard et cela, même quand il s’agit d’un rendez-vous professionnel. Eh puis, je n’aime pas attendre, surtout quand je ne suis pas à l’origine de la demande. Arriver en avance, m’installer, seule, sur la banquette en faux cuir beige du café, entourée de gens qui parlent fort et compter les minutes de retard de l’autre ? Très peu pour moi. Je ne saurais pas quelle attitude adopter. Et dans le cas présent, il était hors de question que je l’attende. J’avais le sentiment qu’elle m’avait forcé la main, je n’allais pas lui faciliter la tache.

Je ne connaissais pas Camille. J’avais entendu parler d’elle quelques semaines auparavant dans un tout autre cadre, ce qui m’avait poussé à accepter son rendez-vous, dans l’idée qu’il n’y a pas de hasard, bla, bla, bla. En arrivant j’ai interrogé du regard une femme assise à une table qui tournait bruyamment une cuillère dans son café et fixait l’écran de son téléphone. Elle a levé la tête et fait un signe du menton me désignant une autre personne. Mon rendez-vous m’attendait, debout et il virevoltait à la terrasse en tirant sur une cigarette avec légèreté.

Il faisait beau. Camille et moi nous sommes installées sur la terrasse du café, sous les platanes coupés courts comme ils le sont au Pays Basque, elle a pris un café, moi un thé. Elle a commencé à raconter. Sans me regarder. Les yeux dans les lieux qui avaient fait son histoire : un bureau parisien, un appartement, des trottoirs. Je n’avais pas besoin de poser de questions, elle déroulait son histoire sans que j’aie à intervenir. Je n’avais pris ni bloc ni crayon. Je voulais que le message soit limpide : je n’allais pas écrire cette histoire. J’ignorais tout de cette jeune femme et l’entendre me raconter sa vie avec autant de facilité était perturbant. Elle parlait avec les mains, balançait ses cheveux à droite et à gauche. De temps en temps, elle cherchait une photo dans son téléphone pour étayer ses dires. Je remuais mon thé bien que je n’y mette plus de sucre depuis longtemps et cherchais quelque chose d’autre à dire que « hum hum ». Telle qu’elle me la contait, son histoire  avait quelques-uns des ingrédients nécessaires à en faire une romance : de la magie, des obstacles et de l’espoir. Mais toutes les histoires d’amour qui débutent ne le sont-elles pas ? Magiques ?

Pic by Toa Heftiba on Unsplash

10 commentaires sur “Mes petites histoires

  1. J’ai aimé lire « café de quartier » ou « aller s’asseoir sur leurs banquettes » et encore « Camille et moi nous sommes installées sur la terrasse du café » Tous ces mots m’ont évoqué de délicieux souvenirs et l’envie terrible de revivre tout cela un jour ..Bref là n’est pas le sujet ! et toi qu’ as tu décidé ? Tu nous l’as raconteras l’histoire de Camille st’p?

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