Chroniques canines

Le jour de mes quarante ans, j’ai reçu Diva en cadeau de la part de mes enfants. Diva, c’est une setter anglais. J’en parlais depuis des années. Un peu comme la petite fille dans Charlie et la chocolaterie qui dit « Daddy, Je veux un écureuil ». Pourquoi cette race ? Tu chasses, me demandait-on. Pas du tout ! Plus jeune, j’avais vu dans un salon de coiffure une femme qui avait un chien de cette espèce qui l’écoutait au doigt et à l’oeil. J’aurais pu me méfier, me dire que ce n’était pas une question de chien mais de maitre, mais que voulez-vous ça ne m’a pas effleuré… Et donc, j’ai eu Diva. J’aurais pu vous raconter des tas d’histoires à son sujet (elle volait les poules du voisin, a tué un chevreuil et l’a amené devant ma porte, elle se battait avec des marcassins, ramenait à la maison un jambon Jabugo pour le manger toute seule, fuyait quand on l’appelait, avait des tas d’amis qui me disaient « tiens, ce matin, j’ai vu ta chienne… » (à cinq kilomètres de la maison), puis quand nous sommes arrivés à Bayonne elle a dû comprendre que la belle vie était terminée et elle est devenue sage comme une image, c’était il y a quatre ans). Je ne sais pas pourquoi, Diva est toujours restée dans l’ombre et depuis deux semaines, elle l’a rejoint. L’ombre.

Comme nous nous attendions à cette issue depuis cet été, j’ai adopté Brooklyn en octobre dernier. Oui, je dis « Je » parce que c’est Ma chienne. C’est une setter tricolore de deux mois à l’air éternellement grumpy. L’échange a eu lieu dans un endroit plutôt sordide, j’ose le dire, où l’odeur rivalisait avec les cris des animaux. Au bas mot, 150 chiens, qui tous voulaient venir chez moi, sautaient de part et d’autre des clôtures.On m’a emmenée dans une pièce où une dizaine de chiots setter s’ébattaient joyeusement dans leur merde. Dans un réflexe d’auto défense, j’ai bloqué ma respiration, je me suis accroupie, et j’ai pris celui qui s’est jeté dans mes bras. Je voulais une femelle, ouf c’en était une. J’ai rejoint l’air libre pour respirer (merci papa pour les entrainements quand je faisais de la plongée, je tiens toujours aussi longtemps en apnée). Dans le bureau au moment de signer les documents, j’ai pensé que ce n’était peut-être pas la chienne que j’avais choisi sur photo, mais je n’ai rien dit. Je suis de ces gens qui pensent que les enfants choisissent leur prénom et leurs parents et les chiots leur maitre.

Nous sommes rentrés à la maison, toutes fenêtres ouvertes avec Brooklyn. Deux heures de route. Heureusement , il faisait beau. Mister T faisait la gueule : on lui avait vendu un chiot trop chou, pas un chiot nauséabond qui voulait lui lécher le visage. Il n’arrêtait pas de dire « Non, Brooklyn, non » sans que le chiot comprenne quoi que ce soit, ce qui était tout à fait normal puisque jusque là elle ne s’appelait pas. J’aimais bien entendre mon fils dire Brooklyn, on avait mis trois semaines à lui trouver un prénom qui commence par R (c’est l’année des R) et Brooklyn ça allait vraiment bien, (on aurait dit qu’elle avait du latte qui avait coulé sur les pattes), alors je l’ai prise à mes pieds et elle s’est endormie (mes lacets de converse sont décédés à ce moment-là).

Pour retirer l’odeur de M* qui lui collait au train, nous avons dû la laver trois fois en une semaine. Vous voyez le tableau. Elle, les oreilles pendantes, moi en culotte dans la douche de ma salle de bains immaculée, et l’eau marron qui ruisselait de son corps. Le tableau était charmant Mais elle est vraiment chou. Sauf qu’au début elle pissait partout dans la maison. Normal avec un bébé chien en vérité, ce fut pourtant assez pénible. Je me faisais penser à ma sorcière bien aimée, avec ma serpillère greffée aux mains. Mais elle est vraiment chou. À la mort de Diva j’ai compris que ce n’était pas elle qui pissait partout, mais c’est une autre histoire. Je ne compte plus le nombre de fois où je lui ai dit « Brooklyn couchée tapis » avant qu’elle comprenne le véritable sens de cet ordre « putain de merde tu vas te coucher et arrête de me faire chier! » mais elle est vraiment chou.

Un matin, après que nous ayons passé le dimanche au jardin à le remettre en état (la faute à l’hiver et à ChériChéri qui est vraiment maniaque) elle s’est prise de passion pour cette activité. Elle a un goût très sûr. Elle tire sur les plantes avec application pour les planter à un autre endroit, bien plus judicieux que celui choisi par ChériChéri.

Elle a aussi décanillé mes violettes dont j’étais si fière, plantées à côté d’un arbre rouge (les deux couleurs juraient trop sans doute)., mais elle est vraiment chou. Aujourd’hui, elle est très bien élevée : elle a compris que son maître aime énormément sa pelouse du coup, elle ne défèque jamais dessus. Non, messieurs, dames, elle fait sur les pavés, dans l’allée qui mène à la porte d’entrée. C’est beaucoup plus charmant quand on a du monde qui vient. C’est décoratif et ça ne passe pas inaperçu.

Depuis, ChériChéri a inventé un ingénieux système pour ne plus qu’elle passe du côté où il a patiemment refait la pelouse.

Comme le montrent les photos, ça ne marche que dans un sens : elle sait y aller mais pas revenir…

Au début j’ai décrété qu’elle ne monterait jamais sur le canapé. Jamais. Parce que, faites monter votre animal sur le canapé et il vous prendra pour un chien. En vérité ça ne fonctionne pas vraiment, non plus.

Pourtant je lui dis « Brooklyn descend immédiatement du canapé. » Elle descend, me regarde et sort de la pièce. Elle écoute bien, vous savez.

-Je suis fière de moi, elle est bien dressée cette chienne, je dis à ChériChéri, ne bouge pas, je monte me changer.

Et là, qui je vois sur mon lit ? Mademoiselle Brooklyn, pas du tout, mais alors pas du tout inquiète que je la surprenne à cet endroit.

Elle est vraiment chou, et surtout elle a l’air super intelligent. Vous n’êtes pas d’accord ? On me glisse dans l’oreillette « tel maitre tel chien ». Qui a dit que c’était ma chienne?

10 commentaires sur “Chroniques canines

  1. Texte très tendre sur vos amies à quatre pattes.
    Désolée pour votre Diva. Ma mère a une petite chienne caniche qui porte ce nom. Si il n’est pas adapté à son physique modeste il correspond plutôt bien à son caractère affirmé.
    Je pense qu’elle a été « dressée » un peu comme votre Brooklyn. Cette éducation bienveillante permet de laisser se développer la personnalité de l’animal et stimule les facultés d’adaptation de leurs heureux compagnons humains….
    Je suis sûre que vous allez vivre de très beaux moments tous ensemble.

    Aimé par 1 personne

  2. Trop chou en effet !
    Bien que Brooklyn soit remuante j’imagine le vide laissé par Diva . D’ailleurs Elle fait pas plus de conner…depuis que Diva est partie? Pas de raison qu’elle ne soit pas affectée par cette perte elle aussi. Des bises

    Aimé par 1 personne

  3. elle est trop choupinette ! Désolée pour Diva, c’est toujours un grand vide, mais nous apprivoisons ce deuil là aussi…

    Bon courage pour le « non, pas sur le canapé »… moi, j’ai raté ça avec mes chats…

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