Rire

Dernièrement, nous avons franchi la ligne. Nous sommes allés manger des tapas sur le parking de la station service de Dantxaria. Un lieu hautement symbolique situé sur la frontière espagnole mais où les cartes sont rédigées en français et où les serveurs parlent sans aucun accent, si ce n’est le même que le mien, celui qui appuie sur les « R » et amuse la galerie.

On s’est installés en terrasse. À notre droite la route, à notre gauche les pompes à essence. Il faisait frais mais le soleil inondait nos visages. J’ai regardé autour de moi et lui ai dit qu’après pratiquement un an sans restaurant, il ne l’emporterait pas au paradis : le prochain serait un étoilé. Il a ri. De ce rire qui emporte tout sur son passage. Le moche, et le pas beau, le triste et le pas gai. Dans ces moments-là, il a le regard qui frise et quand il rit et ça me fait comme un frisson dans le bas du dos. Oh pas grand chose, mais suffisante pour qu’à chaque fois ça recommence. Qu’une magie survienne. Si en plus des pompes à essence et de la route il y avait eu une chambre et personne autour, je ne donne pas cher du repas. Bref, là n’est pas le propos.

Ça peut paraitre étonnant, mais ce que je retiens de cette parenthèse ce sont nos rires et ceux des autres clients attablés. Bien sûr les tapas avaient un goût que nous ne leur retrouverons jamais, celui de la liberté, mais ce que je retiens c’est cette envie de rire de rien. De le forcer un peu au début pour être sûr qu’on savait encore le faire. Il y a eu des rires d’échauffement. Des rires de rien du tout, à peine des ah ah. Et c’est à ce moment-là que ça s’est produit : le rire était devenu un besoin et je ne l’avais pas senti. Je l’avais laissé s’étioler entre les confinements et les couvre feu, les attestations m’autorisant moi-même à sortir et les kilomètres qu’on surveillait.

Ce rire, là, à table, pour rien ou presque, était ma soupape de sécurité. Il venait conforter l’idée selon laquelle « oui, les choses pouvaient encore changer, on allait retrouver notre vie d’avant. Demain ou après-demain ça n’allait plus tarder, et puis, personne ne nous enlèverait nos rires ». Nietzsche disait que l’homme souffrant si profondément avait inventé le rire.Je ne pouvais que le croire.

Nos rires ce jour-là, parce que ChériChéri n’arrivait pas à passer une vitesse (trop habitué à conduire une automatique), parce que la voix de GPS nous faisait tourner en bourrique, parce que des croquettes au fromage, au jambon ou à la morue nous n’arrivions pas à choisir (nous avons pris les trois) avaient tout l’air d’être des rires désespérés. Vous savez de ces rires que l’on dit nerveux, parce que sans fondements réels. Mais quand j’y repense aujourd’hui, je me dis qu’ils étaient beaux nos rires, justement parce qu’ils étaient désespérés. Ils étaient joyeux par le simple fait d’être. Ils étaient une forme de résistance une façon de dire « vous n’aurez pas nos rires ».

C’est quand la dernière fois que vous avez ri aux éclats ?

Merci à Marie pour l’idée du rire.

Texte écrit en one shot non relu dans le cadre des pages du matin. Désolée pour les fautes.

Pic by Lesly Juarez on Unsplash

6 commentaires sur “Rire

  1. La dernière fois où j’ai ri de bon coeur c’est en voyant la tête du chat qui avait découvert que sa place dans le lit à côté de moi était prise par ma petite-fille,heureusement pour lui elle a vite rejoint son lit.

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  2. Hier, j’ai ri aux éclats, seule (je suis quasi exclusivement seule) en regardant un extrait d’émission d’Hanouna où l’un des chroniqueurs allait se mettre à parler et, ému par une séquence un peu ardue, sa voix a déraillé et Hanouna qui dit : ‘qu’est-ce qu’il a lui ?’ et dans le contexte, c’était inattendu et j’ai éclaté de rire. Je l’ai remis 3-4 fois pour prolonger l’instant.

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  3. Ce soir! Bataille de chatouilles 😉 ce qui me fait rire c’est de voir son inventivité pour essayer de me chatouiller.
    « Il a le regard qui frise « : professional jusque dans le regard, bravo Chérichéri

    Aimé par 1 personne

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