Le vilain défaut

Avant d’habiter ici, je vivais dans une immense maison posée sur 40 hectares de rien. Enfin, de champs, de prés et de forêts. Mes premiers voisins étaient à 700 mètres et nous nous voyions peu. L’été, nous organisions dans le jardin un immense apéro dinatoire et une séance de cinéma, le reste du temps on agitait nos mains quand on se croisait dans la voiture.

Quand nous avons emménagé ici, en ville, j’avais des tas de rêves de voisinage. On pourrait prendre un café de temps en temps au café du bout de la rue après avoir amené les enfants à l’école ou avant de les récupérer ou n’importe quand d’ailleurs. On pourrait organiser des apéros dans les jardins, bloquer la rue pour les voisinades et s’arrêter sur le trottoir pour discuter. Mais arrivée ici, en ville, rien ne s’est passé comme je l’avais rêvé. Les voisins de droite n’ont jamais dit bonjour, une histoire de torchons et de serviettes qu’on ne doit pas mélanger. Pour les nouveaux de gauche, il n’y a que lui qui nous salue, quand ça le chante, c’est à dire rarement, bien que depuis qu’ils ont coupé la haie qui nous séparait je prenne souvent mon thé en sa compagnie. Et ceux d’en face, les tout neufs, ne se sont pas encore aperçus qu’ils avaient des voisins, enfin, si la fille ainée l’a remarqué et perchée sur le rebord de sa fenêtre elle nous fait des signes quand nous déjeunons dans la salle à manger.

Alors, je fais le reste. L’inconnu me procure immanquablement cette sensation. Un frisson parcourt mon échine et j’invente. Je me raconte les vies des autres. Le pourquoi me fascine, puis le comment arrive en renfort. Parfois je les abandonne dans des eaux glauques et sombres de la folie, du mystère et du crime crapuleux. Tout dépend de leur couleur la première fois que je les rencontre. Quand je lui en parle, les yeux effarés de ChériChéri m’amusent. Il ne comprend pas, voire il s’inquiète pour moi. Ma femme est-elle en train de virer vieille bique folle ?

Je lui assure qu’il se trompe « être curieux, ce n’est pas essayer de posséder le monde, c’est tenter de le comprendre. » C’est traduire une attitude, un comportement, l’analyser, le déchiffrer et le décrypter. Être curieux c’est chercher des explications et donner du sens. La curiosité est imagination. Elle me permet de poser un oeil nouveau sur ce qui m’entoure. Et peut-être un jour, moi aussi, j’écrirai un livre intitulé « La vie des autres » comme Emmanuel Carrere.

Quels sont les pourquoi et les comment que vous allez vous poser aujourd’hui ?

3 commentaires sur “Le vilain défaut

  1. Ma question du jour : « mais pourquoi ? » … pourquoi suis-je la seule à e pas dormir pour la question de survie d’une association qui ne semble préoccuper que moi (et oui, le périscolaire aussi se meurt de la situation, en silence…) ? Pourquoi je m’agace des réunions (en visio ou ailleurs) où on perd 25 minutes à démarrer parce que tout le monde a autre chose à finir / faire avant de nous rejoindre vraiment ? POurquoi est-ce que je m’inquiète du fait que ma Grande ne semble pas préoccupée le moins du monde par la somme de travail qu’elle a à faire pendant ces deux semaines ? Pourquoi ai-je cette migraine qui ne me quitte pas depuis 4 jours ? …
    justement, seule cette question a peut-être une réponse…. elle découle des questions précédentes, non ?

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