Faire pétiller la vie

Dernièrement, j’ai lu beaucoup de livres dont on dit qu’ils font du bien. Et je m’aperçois que je ne vous en ai pas parlé… Quand on me demande « tu lis quoi en ce moment ? » je réponds : Vivre avec nos morts de Delphine Horvilleur. Mais bon, je l’ai terminé hier après l’avoir entrecoupé de tous plein de feel-good. Une fois n’est pas coutume et je vais vous expliquer pourquoi. En vrac et pas dans l’ordre, il y a donc eu : La Datcha de Agnès Martin Lugand, Les Possibles De Virginie Grimaldi, Ce que les étoiles doivent à la nuit de Anne-Gaëlle Huon, Le bonheur se cache parfois derrière les nuages de Sonia Dagotor et si je devais les ranger dans l’ordre de mes préférences, ça donnerait 3, 2, 1 et 4.

Lire des livres feel good, c’est un peu étrange. J’ai parfois l’impression de lire en cachette dans ma chambre chez Maminette, les Harlequins de mon adolescence, manquerait plus qu’une cigarette se soit glissée entre mes lèvres (ce qu’elle n’a jamais fait. La cigarette). Je crois que j’ai un peu honte et que je n’assume pas tout à fait ce genre de lectures. Pourtant je ne me cache jamais pour dire que j’ai regardé une rom-com … Bien au contraire. (d’ailleurs, j’ai regardé Antoinette dans les Cévennes que j’ai adoré, vous le rangeriez dans quoi vous ? Pas possible qu’une Rom-com soit au Festival de Cannes. Si?) Et puis, c’est quoi qui fait qu’on range un livre dans cette catégorie ? Le fait qu’il se termine bien ? Qu’il est pétri de bons sentiments ? Que les héros nous ressemblent? Pourquoi Les corps conjugaux de Sophie de Baere par exemple ou les Laurence Peyrin ou les Valérie Perrin ne sont pas rangés dans cette catégorie. C’est quoi la différence? La maison d’édition ?

Dans un Harlequin, le schéma est assez classique il y a toujours une fille (belle, mal dans sa peau, qui se cherche, qui a eu de nombreuses galères, qui est veuve ou divorcée, avec un enfant à charge un peu différent, qui travaille beaucoup) et un type ( beau, riche ou très intelligent, directeur d’une strat-up, médecin ou avocat, râleur ou faussement misogyne, encore amoureux de sa femme morte d’une longue et cruelle maladie ) qui se rencontrent, se détestent en apparence, mais soyons clairs, il n’y a qu’eux pour ne pas savoir au bout de la dixième page, qu’à la fin, ils vont finir ensemble. Dans les feel-good, il peut y avoir une histoire d’amour (mais pas toujours : pas pour 2 et 3), une part de développement personnel (1, 2, 3, et 4 si l’on conçoit que : quitter son mari, laisser partir l’homme qu’on aime ou accepter une maladie en soit), il doit y avoir des changements importants dans la vie (OK pour tous). Mais la qualification qui leur est souvent attribuée c’est qu’ils sont universels : ce qui arrive aux héros peut nous arriver à tous et nous aide à prendre de la distance.

Au travers d’un roman feel-good, l’auteur cherche à aider le lecteur à faire une pause dans son quotidien, à disposer d’une parenthèse pour respirer le temps de la lecture. Bref, c’est une histoire qui donne le sourire. Mais attention, le plus fort, c’est quand l’auteur arrive à faire verser quelques larmes au cours de la lecture. Alors là, c’est beaucoup, beaucoup mieux. Bref, ce que je peux vous dire, c’est que les romans feel good sont là pour apporter une vision optimiste et positive de la vie, apporter de l’émotion (c’est le coup des larmes) sans que cela n’empêche l’histoire d’être le véhicule de sujets sérieux comme les liens familiaux, l’amitié, la mort, la maladie, les échecs (c’est bon, je pense que vous avez compris).

C’est en 2009 que le phénomène des romans feel good est véritablement lancé avec un livre plein d’humanité et plein d’humour : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates écrit par Annie Barrows et Mary Ann Shafer. Les livres d’Anna Gavalda au début des années 2000 avaient marqué les premiers soubresauts du genre en France. C’est pourtant en 1868 avec Les Quatre Filles du docteur March de Louisa May Alcott, ou encore en 1912 avec Papa-Longues-Jambes de Jean Webster que ce genre littéraire fait ses premières apparitions dans les pays anglo-saxons.Et vous savez quoi ? Je les ai adoré ces deux romans.

Aujourd’hui, les romans feel good se reconnaissent aisément dans les librairies et sur les salons du livre avec leur couverture attrayante et colorée. Catégorie à cheval entre la littérature de divertissement et la littérature classique, un roman feel good apporte une réflexion sur la nature humaine et notre capacité à survivre à des situations difficiles. On y découvre notre capacité à se réinventer. C’est sans doute pour cela qu’ils remportent un succès fou auprès des lecteurs et des libraires.

Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que je me suis bien rencardée ! Hein?

Je ne vais pas prétendre que ce sont des lectures désagréables. Non, bien sûr que non. Il y en a dont le sujet me parle plus que d’autres (3, 2, 1, 4), certains mieux écrits, d’autres un peu caricaturaux ou dans un style qui n’est pas ce que je préfère mais, à vrai dire, je n’ai pas passé un mauvais moment à leur lecture. Et c’est tant mieux vous me direz, parce que je suis mal placée maintenant pour venir vous dire que les feel-good bla bla bla.

Oui, l’ironie est assez flagrante : la fille qui voulait écrire des trucs intello est en train de virer sa cuti. Et tout ça par la faute de ChériChéri et son challenge du 1er confinement quand il m’a dit « arrête de nous saouler avec tes livres qui ne marchent pas. T’as qu’à écrire du feel-good ou un policier puisque tu dis qu’il n’y a que ça qui fonctionne ». Et celle de GrandeChérie, qui, le 6 janvier 2021 m’obligeait à envoyer le manuscrit à une ME qui me répondait banco le 1er février.

Voilà. Vous êtes prévenus. Je suis en train d’écrire un feel-good. Qui ne se terminera pas bien, j’en ai peur. Voilà, j’écris un feel good (méthode Coué). D’ailleurs quand mon livre sortira il le fera dans une collection qui s’appelle Pop litt, la littérature qui fait pétiller la vie (si vous êtes arrivées jusqu’ici dans la lecture de ce long post, vous connaissez maintenant le nom de mon éditeur)(hé oh, faut chercher un peu quand même, je vais pas tout vous dire, non plus!)

Ce sera l’histoire d’un type et de sa femme qui se séparent au bout de trente ans de mariage (ceci n’est pour l’instant pas autobiographique). L’idée c’était d’explorer ce qui se passe après le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il y a donc une femme, mal dans sa peau, qui travaille beaucoup qui veut divorcer et son mec, beau mais ni médecin, ni avocat si start-upper qui travaille beaucoup et ne veut pas divorcer.

L’éditrice qui m’accompagne, appelons-la Frédérique, ne cesse de vanter mon humour ( que j’ignorais totalement posséder vu que je ne connais aucune blague, que d’ailleurs la plupart du temps je ne comprends pas et qu’en plus je prends la mouche assez facilement ce dont s’amusent ma famille et mes amis), la drôlerie de mes points de vue (que je croyais vraiment banals ) et la justesse de mes dialogues (alors, là, moi qui pensais être super douée pour les questions existentielles intérieures…). Elle prétend que j’ai « un truc, des saillies incroyables, ce sont elles qu’il faut mettre en avant dans le livre, parce que les lecteurs vous reconnaitront » (donc pour qu’ils me reconnaissent il faut qu’il y ait plusieurs livres. On est d’accord? Excitation maximum. Attendez un instant je vais danser dans la cuisine) and, last but not least « il est très cinématographique ». Il est fort possible que j’en rajoute un peu…

De qui est-ce que je voudrais me rapprocher dans les livres que j’ai récemment lus ? Du 3. Alors je tiens bon le cap, je bosse beaucoup, je réécris, je corrige. J’en suis à 7 chapitres sur 35 et je sens que je vais y passer l’été ! Souhaitez-moi bon courage !

nb : Quand je vois le travail que demande la publication d’un livre, je ne suis pas vraiment certaine d’oser à nouveau publier un livre en auto édition …

Pic by Zero Take Jbs on Unsplash

7 commentaires sur “Faire pétiller la vie

  1. je vois que tu as creusé ton sujet effectivement, déformation professionnelle d’écrivaine. 😉
    Surtout ne doute pas de ton sens de l’humour, c’est pas des blagues à la Bigard et c’est tant mieux (parce qu’il est insupportable), je t’ai il me semble déjà dit que tu es très drôle, et regarde les commentaires de tes posts tu verras que souvent on t’écris que tu nous as fait rire.
    Le feel good j’aime, dans les périodes compliquée ça me permet de lire sans me prendre la tête, c’est facile à lire, je suis très bon public donc s’il y a une larmette à verser je la verse. En te lisant je réalise que j’ai toujours aimé ça et j’ai commencé par les soeurs March, je continue depuis avec Grimaldi, Gavalda, Giordano et bien d’autres.
    Merci donc pour le conseil lecture. J’ai jamais lu d’arlequin tu crois que je dois en lire un ?
    J’ai entamé un livre hier soir, un qui était dans ma pile des livres à lire depuis…. pfff, très longtemps : La Délicatesse de David Foenkinos, est ce un feel good ?
    bises, bonne journée

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  2. J’en ai lu un paquet ces derniers temps de ces livres qui font du bien ( furieux besoin de me changer les idées !) :
    J’ai lu VG «  les possibles «  qui bien qu’en résonance avec ce que je vis, m’a fait un bien fou . J’ai souri à plusieurs reprises et j’ai aimé dédramatiser un sujet qui me touche d’aussi prêt meme si je ne me reconnais pas dans « l’universalisme » du personnage ( c’est quand même plus facile de faire rire avec un personnage aussi fantasque plutôt qu’un dépressif chronique). Mais je retiens le message (que m’avait déjà donné ma mère) : profiter des « possibles «  jour après jour.
    J’ai aussi adoré Hannah de L Peyrin que tu nous avais conseillé il y a fort longtemps.

    J’ai littéralement craqué pour le dernier de Baptiste Beaulieu « celle qu’il attendait « .
    Un ovni littéraire (un poème romancé).
    Mais aussi pour le roman graphique « entre les lignes «  inspiré de « toutes les histoires d’amour du monde ».

    J’en ai lu d’autres Le pacte d’Avril de S Astrabie et Les corps conjugaux : ça se lit c’est agréable et ça permet de s’échapper.

    Mais il me tarde de lire ton nouveau roman 🦋 et même celui d’après ! 💃

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  3. Je les réserve pour l’été, ou quand le moral est un peu en baisse, mais il faut qu’ils soient bien écrit, après je m’en fou de ce que pense les autres, je lis pour me faire plaisir, j’adore lire, et je lis beaucoup. Je vais prendre note de tes idées, je te découvre et déjà j’aime bien ton blog.

    Aimé par 1 personne

  4. Merci pour cette jolie définition ! Alors moi, ce serait 2, 3, 1, et je ne connais pas le 4. Et dans mes lectures plaisir totalement assumé (au grand étonnement et « désespoir de certaines dames » de mon club lecture), j’ajouterais « tou le bleu du ciel », « le tourbillon de la vie », « les demoiselles », « trois »… j’aime alterner ces lectures avec d’autres , plus noires ou plus « serieuses », alors j’ai hâte de lire ton futur livre !!!

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