Les pages du matin Et puis

Et puis revenir. Sur la pointe des pieds. Ouvrir les rideaux, passer le doigt dans la poussière. Retaper les coussins. Faire chauffer de l’eau, y plonger quelques feuilles de thé froissées. Se demander ce que je vais bien pouvoir dire. Écrire. Tout ceci n’est-il pas vain ? Finalement. Y a t’il encore des gens qui viennent ici malgré la porte verrouillée en permanence ?

Et puis, penser à tous les mots écrits ailleurs dans un dossier qui va et qui vient. Qui va en Bretagne chaque semaine en passant par Paris et qui revient à Bayonne après avoir été lu et relu, annoté, modifié. Se demander parfois ce qui a plu à l’éditrice tant j’ai apporté de corrections. Et puis, il y a tous ces mots écrits ailleurs encore dans un autre dossier qui parle de prison de de destins de femmes. De ces femmes trop souvent oubliées par les manuels d’histoire. Tous ces mots ailleurs qui m’empêchent de venir ici plus régulièrement.

Et puis parce que c’est ainsi, j’attends qu’une nouvelle idée germe. J’espère qu’elle va arriver. Elle le fait souvent en plein été, à Begur, alors j’attends un frémissement. J’en repousse une puis deux. Mais les idées sont vivantes et font ce qu’elles veulent, elles reviennent à la charge. Même si on les a enfouies profond dans un tiroir bien noir. Elles reviennent jusqu’à ce que quelqu’un se penche sur le sujet. Moi ou quelqu’un d’autre.

Et puis, hier, j’ai terminé les corrections sur le manuscrit qui sera édité en février prochain. Je ne l’ai pas encore lu en entier. Je veux dire, d’une traite. Sur du papier. Tous les chapitres mis bout à bout. Avec le bon prénom pour mon héroïne qui a dû être débaptisée parce qu’une autre écrivaine publie un roman aux mêmes éditions avec une héroïne qui s’appelle comme elle, a les cheveux rouges quand la mienne les a roses et fait le même métier. Quelle était la probabilité ? Mon manuscrit n’est encore qu’ un assemblage de dossiers qu’il faut mettre en page. Pourtant j’ai lu chaque chapitre pas moins de cent fois. Au bas mot. Aujourd’hui encore je vais relire les 19/20/ et 21 avec attention, pour traquer la virgule, le mot et la moindre incohérence. Je vais lire à voix haute pour sentir la musique. J’ai terminé avant la date butoir. C’est mon syndrome du bon élève. Il parait. Il me reste les remerciements à écrire et chose incroyable, je cale.

18 mois après l’avoir commencé, il me tarde de vous parler de ce nouveau livre …

Pic by zhouxing-lu on unsplash

8 commentaires sur “Les pages du matin Et puis

  1. Quel boulot !! On ne se rend pas forcément compte de toutes les (nombreuses) étapes avant que l’on tienne le livre dans nos mains.
    Merci à toi de nous livrer un peu de ce long processus je trouve ça très intéressant..
    Merci

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  2. Ben comme ta maman la porte j’aime quand je réalise qu’il y a de la lumière derrière !!!
    Il me tarde de relire ? / lire cette nouvelle version !

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  3. j’aime venir frapper à ta porte, voir si elle s’entrouvre ou pas ; patienter, rester curieuse et me demander quand nous aurons le plaisir de te lire, de découvrir ce que tu as envie de nous raconter. Je serai toujours de l’autre côté de la porte, et sourirai quand elle s’ouvrira.

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    1. Christelle02 l’a très bien dit, je ne saurais pas mieux l’exprimer : on passe, on entre quand la porte est ouverte, on repasse par là une autre fois sinon.
      Bel été studieux pour une bonne élève.
      Quant à ta phrase sur les idées qui passent et qui attendent de trouver quelqu’un·e qui se penche sur elles, pour moi cela fait écho au livre d’Elizabeth Gilbert « Comme par magie » que je viens de terminer : une réflexion gaie et légère sur la créativité.

      Aimé par 1 personne

  4. Bonjour. Simple passant qui a eu envie de placer son grain de sel.
    A cause de ceci :
    « Mais les idées sont vivantes et font ce qu’elles veulent, elles reviennent à la charge. Même si on les a enfouies profond dans un tiroir bien noir. Elles reviennent jusqu’à ce que quelqu’un se penche sur le sujet. Moi ou quelqu’un d’autre. »
    Suivi de cet incroyable exemple de successions d’(im)probabilités.

    Nos personnages ont-ils une vie propre, et parfois l’art de se moquer de nous qui estimons les avoir créés ?
    Pardon, sans doute mon commentaire est-il un peu décalé, c’est juste que. Votre passage là. Pour moi c’est ce que j’aurais tendance à appeler de la Littérature , avec un grand L.
    Et je vois que je ne suis pas seul à l’avoir soulignée, cette phrase.
    Merci pour cette bouffée d’oxygène !

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