Les phrases du matin

J’écoute Modiano. Sur France Inter. Dehors il fait encore nuit. Je ne m’y fais pas. Cette année j’ai l’impression de vivre dans un jet lag permanent. Il parle de la vallée de Chevreuse. Je n’y suis jamais allée. Il parait que c’est un thème récurrent chez lui, mais je l’ignore. Je ne l’ai jamais lu. Enfin, je crois. Il parle de Chevreuse et je pense à l’idée qu’on n’écrit jamais qu’une seule histoire, parce qu’on en porte qu’une. Je me demande qu’elle est la mienne. Moi qui oscille entre attente et amour, écriture et dérision.

J’ai lu une chronique sur Ma sorcière bien aimée. Une lecture décalée de la célèbre sitcom qu’enfant j’adorais. il y avait Endora et son maquillage trop voyant, qui n’en fait qu’à sa tête, part sur un coup de tête et revient au pire des moments. Endora qui raille sa fille et son gendre, trop petits bourgeois à son goût. Il y a Samantha, qui préfère être une bonne épouse et sauver la vie professionnelle de son époux plutôt qu’être une bonne sorcière alors qu’on pressent pourtant qu’elle est l’une des meilleures. J’étais super jalouse de Tabatha, sa fille, qui remuait son nez à six mois alors que je ne savais pas le faire à dix ans. Si vous voulez vous refaire la série en entier, c’est sur 6ter.

Mardi soir, j’ai pensé que ce serait bien si les réseaux mourraient de leur belle mort. Là, en fin d’après-midi. Ce ce serait bien si on revenait à de véritables conversations. Et puis, je me suis demandée si on verrait encore la beauté du monde et des gens si on n’avait plus personne avec qui la partager. Les choses n’existent-elles que parce qu’on les montre aux autres, non ? Quand nous étions plus jeunes j’appelais les enfants pour qu’ils viennent admirer un chevreuil dans le bas du jardin, le soleil qui se levait ou se couchait, un écureuil sur la terrasse. Et puis le temps des téléphones qui prennent des photos est arrivé et mes appels tonitruants dans la maison ont cessé. J’espère qu’ils se souviendront de la lumière que je leur ai appris à regarder et de tous les petits riens que je grossissais pour eux. Bref, les réseaux ont ressuscité et certains ont crié quel dommage ! Par réseau interposé. Comment ferait-on pour exister si on ne se mettait plus en scène ? Retrouverait-on la quiétude qui était la nôtre avant le grand théâtre des réseaux sociaux ? Je pense que nous en serions incapables. Il est déjà trop tard.

Lundi j’ai été prise d’un frénésie. Faire tout ce que je repoussais depuis… oui, au moins tout ce temps. De rendez-vous médicaux pris, en actions enfin réalisées, d’appels téléphoniques en factures en tout genre. Au milieu de la journée, j’avais terminé mon interminable liste. Alors j’ai pensé que ce que je préférais dans les listes, c’était de voir chaque ligne rayée. Et que franchement, c’était un tel bonheur et un tel sentiment de plénitude qu’il était idiot que je m’en prive chaque semaine. Une manière comme une autre d’arrêter de repousser.

J’ai décidé de participer à une lecture commune avec un groupe de filles qui pourraient être les miennes. Un livre jeunesse. En plusieurs tomes. Il y est questions de dragons, de Citacielle, de magie, de miroirs à travers lesquels on passe pour lire le passé. Je dois avoir terminé le tome 1 à la fin du mois. Je ne l’ai pas encore commencé. J’espère avoir le temps. Je lis tout ce qui me tombe sous les doigts qui parle de guerre d’Espagne. À part ça, je lis peu. Ah, si, j’ai lu « La carte postale » de Anne Berest. J’aime beaucoup cette jeune femme. Son écriture, son attitude posée.

En ce moment je me dis souvent que la prochaine fois, je serai ça, je ferai ceci. La prochaine fois, dans une autre vie. C’est un truc récurrent. C’est étrange. Ça pourrait être une idée de roman.

On me demande où j’en suis de ma prochaine idée, justement. Il y en a deux ou trois encore en lice. Elles tournent autour de moi comme des moustiques tigres. Laquelle va se laisser prendre à mes filets ? Je n’en ai aucune idée parce qu’il y a d’autres problématiques qui entrent en ligne de compte dorénavant. Suis-je condamnée à écrire des romans d’amour ? A écrire dans la ligne éditoriale de Eyrolles Pop Litt’ ? Je peux en sortir, vous croyez et écrire ce qui me meut ?

Hier, on m’a proposé d’intervenir dans une prison pour une rencontre auteur. Je ne vois pas du tout de quel livre je pourrai leur parler. Je tourne et retourne l’idée dans ma petite tête. Je vais finir par en faire une motte de beurre.

Je n’ai plus aucune régularité pour écrire sur le blog. Je publie le soir ou le matin. Deux jours de suite ou une fois par mois. Je fais ce qui me plait. Et ça me plait. Et vous ?

Pic on Unsplash

8 commentaires sur “Les phrases du matin

  1. Pas de régularité en effet et donc des surprises dans nos boites mail. C’est très bien ainsi.
    Il y a assez de contraintes dans la vie, ce blog ne doit pas en être une de plus.
    De mon côté je commente …de temps en temps
    Belle journée

    Aimé par 1 personne

  2. C’est très bien ça me fait deux
    Posts à lire ce matin alors que je suis hyper à la bourre sur cette P* de journée, je voudrais déjà être à demain.
    J’ai pas embarqué par erreur ton amie l’Insomnie la dernière fois qu’on est passé ?
    Allez j’y vais parce que j’ai une tonne de chose à rayer sur ma liste.
    Bonne journée. 😘😘

    Aimé par 1 personne

  3. Je regarde aussi ma sorcière bien aimée, flash back, mon nez ne remue pas encore tout seul.
    Dis à ta copine l’insomnie de rentrer chez elle, sa présence me fatigue.

    J'aime

  4. j’aime l’idée des rendez-vous dont on ne sait s’ils existent ou pas, des publications dont on ne connait pas la date, …. des rendez-vous attendus, espérés et savourés quand ils arrivent.
    Je ne me mets plus de pression non plus, ni pour publier, ni pour aller lire. Je laisse mes envies du moments décider, je me laisse porter.
    Merci à toi !

    PS : je continue à appeler mes enfants, même mon ado, …. mais combien de temps encore répondra t’elle ?

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.