Des papillons sous oxygène

10h22 lundi. J- deux mois et quelques jours. Mon texte est officiellement chez l’imprimeur.

Ce texte n’en finit pas de se rappeler à moi. 20 mois que je travaille dessus. Que j’ai subi de multiples fins. Que j’ai posé mon stylo en pensant que cette correction était la dernière sans savoir qu’il y en aurait une autre et encore une autre. J’ignore combien de fois je suis revenue sur le fichier. Combien de virgules j’ai transformé en points et inversement. Combien de relectures ?

Je n’en finissais pas de finir.

Hier, je me suis assise à mon bureau. et j’ai rangé tout ce qui avait un rapport avec mon texte. Mes carnets. Mes notes. Le manuscrit imprimé et raturé ou annoté. Les post-it. Tout. Les vagues de pluie se succédaient. Le sapin dans le salon clignotait. La bougie senteur pins sylvestre faisait son taf. J’ai fait table rase.

Le manuscrit est parti à dos de papillon la semaine dernière et je n’ai plus aucun poids sur son existence. Il devra apprendre à voler de ses propres ailes (de papillons), ne pas craindre de se poser sur un rebord de fenêtre ou sur une table basse. Sourire de toutes ses pages pour se faire une place sur les étagères des librairies parmi tous les autres romans qui sortiront à cette date.

Comme toujours les phrases y sont courtes. Il parait qu’il y flotte un humour peu présent chez les auteurs et puis c’est un homme qui parle. Si les auteurs se servent très souvent de leurs voix féminines pour écrire un livre, rares sont les auteures à le faire. C’est je crois, ce qui a plu de prime abord à Eyrolles. Et puis il s’agit de héros de cinquante ans. Ils ont de la bouteille, des valises à porter aussi lourdes que des bombonnes de gaz et qu’est-ce qu’un amour au long cours ? Y a t-il des choses à raconter là-dessus ? Parce que comme le dit la 4èmede couv : si tomber amoureux n’est pas très compliqué (ça arrive des milliers de fois à travers le monde) le rester l’est davantage.

Dernièrement, S. Spitzer parlait des feel-good en disant que surtout, un feel-good, c’était un livre où tu pleurais les trois-quart du temps. Je suis heureuse que mon feel-good ne soit pas de cet acabit. Non, on ne pleure pas. Je rassure celles qui ont épuisé un stock de kleenex inquantifiable à la lecture de Semer des Graminées. Ce n’est donc pas un feel-good me direz-vous ? Peut-être pas, effectivement. C4est peut-être un roman hybride et ce n’est pas non plus de l’auto-fiction. Bien sûr, ceux qui me connaissent bien, retrouveront quelques idées que je leur assène parfois, certains retrouveront leurs propres phrases, ou quelques tics mais rien de plus. Toujours cette histoire de fil pour faire la toile d’araignée.

La semaine dernière, on m’a parlé de « Parce que la vie ne suffit pas ». C’est étrange. On me parle de lui chaque fois qu’un nouveau livre sort ou s’apprête à le faire. Peut-être leur tient-il la porte ? Peut-être se comporte t-il comme un grand frère qui court au devant et prend la main du petit dernier pour qu’il se lève et fasse ses premiers pas.

Je le laisse faire, en général il fait plutôt bien,

Et moi, je vais croiser les doigts.

À très vite pour la suite.

Pic by Masaaki Komori on Unsplash

3 commentaires sur “Des papillons sous oxygène

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